Gordon B. Hinckley
Président de l'Eglise
Ce que nous appelons témoignage est la grande force de l'Eglise. C'est la source de la foi et de l'activité. C'est difficile à expliquer. C'est difficile à quantifier . . . Cependant c'est aussi réel et puissant que n'importe quelle force sur terre.
Mes chers amis, je prie pour que le Saint-Esprit me guide. Voila déjà trois ans que vous m'avez soutenu comme président de l'Eglise. Je vais vous adresser quelques mots de nature personnelle. Du fond du c
oeur je vous remercie de votre amour et de votre soutien, de vos prières et de votre foi. Je ne suis plus un jeune homme plein d'énergie et de vitalité. Je suis un vieil homme, qui essaie de suivre le rythme de frère Haight! Je suis enclin à la méditation et à la prière. J'aimerais bien m'asseoir dans un fauteuil à bascule, avaler mes médicaments, écouter de la musique douce et contempler l'univers. Mais de telles activités ne sont ni exigeantes ni utiles.
Je désire aller de l'avant. Je désire affronter chaque jour avec détermination, animé d'un but. Je désire utiliser chaque heure de la journée à encourager, à bénir ceux dont le fardeau est lourd, à édifier la foi et fortifier les témoignages. Grâce à la bonté d'un ami généreux, pendant ces trois années, j'ai pu voyager par toute la terre, visitant notre peuple parmi de nombreuses nations. Nos frères et soeurs se sont rassemblés par milliers et par dizaines de milliers. A un endroit, il y a eu plus de 200 autocars pour les amener au stade.
Je me suis rendu parmi les riches, mais plus souvent parmi les pauvres les pauvres de la terre et les pauvres de l'Eglise. Chez certains, la forme des yeux est un peu différente de la mienne, et la couleur de leur peau est différente, mais tout cela disparaît et perd tout sens quand je suis parmi eux. Ils deviennent tous des fils et filles de notre Père, enfants de naissance divine. Nous parlons des langues différentes, mais nous comprenons tous le langage commun de la fraternité.
Il est fatiguant de voyager si loin pour les rejoindre. Mais il est difficile de les quitter quand on est avec eux. A chaque endroit, ce n'est qu'une brève visite, une réunion organisée parmi d'autres réunions. Je voudrais pouvoir rester plus longtemps. A la fin de la réunion nous chantons «Dieu soit avec toi jusqu'au revoir». On sort les mouchoirs pour sécher les larmes, et on les agite ensuite en signe d'au revoir affectueux. Tout récemment, nous avons tenu onze grandes réunions dans différentes villes du Mexique en sept jours seulement.
C'est la présence de ces gens merveilleux qui stimule la montée d'adrénaline. C'est l'amour qu'exprime leur regard qui me donne de l'énergie.
Je pourrais, à longueur d'année, passer toute la journée dans mon bureau, m'occupant d'une montagne de problèmes dont bon nombre sont de peu d'importance. En fait, j'y passe beaucoup de temps. Mais j'ai le sentiment que ma plus grande mission, ma plus haute responsabilité, c'est d'être avec les gens. Ces milliers, ces centaines de milliers, et même ces millions de membres aujourd'hui, ont tous quelque chose en commun. Ils ont le témoignage personnel que ceci est l'oeuvre du Tout-Puissant, notre Père Céleste; que le Seigneur Jésus, qui mourut sur la croix au calvaire et est ressuscité, vit, en tant qu'être distinct, réel, individuel; que ceci est leur oeuvre, rétablie dans cette dernière et merveilleuse dispensation du temps; que la prêtrise des temps anciens a été rétablie avec toutes ses clés et ses pouvoirs; que le Livre de Mormon parle depuis la poussière en témoignage du Rédempteur du monde.
Ce que nous appelons témoignage est la grande force de l'Eglise. C'est la source de la foi et de l'activité. C'est difficile à expliquer. C'est difficile à quantifier. C'est quelque chose d'intangible et de mystérieux, et cependant c'est aussi réel et puissant que n'importe quelle force sur terre. Le Seigneur l'a décrit quand il s'est adressé à Nicodème disant: «Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit» (Jean 3:8). Ce que nous appelons témoignage est difficile à définir mais ses fruits sont évidents. C'est le Saint-Esprit qui témoigne à travers nous.
Le témoignage personnel est ce qui transforme la vie des gens lorsqu'ils entrent dans l'Eglise. C'est l'élément qui motive les membres à tout abandonner pour le service du Seigneur. C'est la voix douce et encourageante qui soutient sans cesse ceux qui marchent par la foi jusqu'au dernier jour de leur existence.
C'est une chose à la fois mystérieuse et merveilleuse, un don de Dieu à l'homme. Cela prévaut sur la richesse ou la pauvreté quand on est appelé à servir. Ce témoignage qui habite le coeur de nos membres les pousse à accomplir leur devoir. On le trouve chez les jeunes comme chez les vieux. On le trouve chez l'élève du séminaire, le missionnaire, l'évêque et le président de pieu, le président de mission, la soeur de la Société de Secours, chez toutes les Autorités Générales. On le trouve chez ceux qui ne détiennent pas d'autre appel que celui de membre. Il est l'essence même de cette oeuvre. C'est ce qui fait avancer l'oeuvre du Seigneur dans le monde entier. C'est ce qui pousse à l'action. Il exige que nous fassions ce qu'on nous demande. Il nous donne l'assurance que la vie a un but, que certaines choses sont beaucoup plus importantes que d'autres, que nous sommes embarqués dans un voyage éternel, que nous devrons en rendre compte à Dieu.
Emily Dickinson en a compris l'esprit lorsqu'elle a écrit:
Je n'ai jamais vu la lande,
Je n'ai jamais vu la mer;
Pourtant je sais comment est la bruyère,
A quoi les vagues ressemblent.
Je n'ai jamais parlé à Dieu,
Ni visité les cieux;
Je sais qu'ils existent pourtant,
Comme si j'en possédais le plan.
(A Treasury of the Familiar,
ed. Ralph L. Woods, p. 179)
C'est cet élément, quelquefois faible au début, qui conduit chaque ami de l'Eglise à la conversion. Il pousse chaque converti vers la sécurité de la foi. C'est ce qui a incité nos aïeux à quitter l'Angleterre et les autres pays d'Europe, à faire la traversée harassante des mers, à marcher péniblement aux cotés du bétail pendant ce qui semblait une éternité, ou avec de fragiles charrettes à bras en direction des montagnes de l'ouest. Ils ont peiné, ils ont lutté, ils sont morts par milliers pendant ce voyage fatidique. Cet esprit de témoignage nous est parvenu; nous sommes les héritiers de leur foi précieuse.
Partout où l'Eglise est organisée, son pouvoir se ressent. Nous proclamons ce que nous savons. Nous le disons au point que cela puisse paraître monotone. Nous le disons car nous ne savons pas quoi dire d'autre. C'est là un fait tout simple, nous savons que Dieu existe, que Jésus est le Christ, et que l'Eglise est leur cause et leur royaume. Les mots sont simples, l'expression vient du coeur. Le témoignage est à l'oeuvre partout où l'Eglise est organisée, partout où il y a des missionnaires qui enseignent l'Evangile, partout où il y a des membres qui partagent leur foi.
On ne peut pas réfuter un témoignage. Nos opposants peuvent citer les Ecritures et argumenter sans fin sur la doctrine. Ils peuvent être habiles et persuasifs. Mais quand quelqu'un dit: «Je sais», il n'y a plus de discussion. Ce ne sera peut-être pas accepté, mais qui peut réfuter ou nier la voix douce venue du fond de l'âme quand elle parle avec une conviction personnelle.
Je vais vous relater une histoire qu'on m'a récemment racontée au Mexique. A Torreón, on m'a conduit dans une belle voiture qui appartenait à l'homme dont je vais vous parler. Il s'appelle David Casteñeda.
Il y a de cela trente ans, lui et sa femme Tomasa, ainsi que leurs enfants, vivaient dans une ferme en piteux état près de Torreón. Ils possédaient trente poules, deux cochons et un cheval efflanqué. Les poules leurs fournissaient quelques ufs pour subvenir à leurs besoins et leur permettre, occasionnellement, de gagner quelques pesos. Ils vivaient dans la pauvreté. Un jour les missionnaires sont passés chez eux. Soeur Casteñeda explique: «Les missionnaires ont fait tomber les écailles de nos yeux, apportant de la lumière dans notre vie. Nous ne connaissions rien de Jésus-Christ. Nous ne savions rien de Dieu avant leur venue.»
Elle était allé à l'école pendant deux ans, son mari pas du tout. Les missionnaires les ont instruits et ils se sont fait baptiser. Ils ont déménagé dans la petite ville de Bermejillo. Par hasard, ils se sont intéressés au commerce de pièces détachées automobiles, achetant des voitures accidentées. Cela les a amenés à traiter avec des compagnies d'assurance et d'autres. Petit à petit, ils ont bâti une affaire prospère dans laquelle le père et ses cinq fils ont travaillé. Avec une foi simple, ils ont payé la dîme. Ils ont mis leur confiance dans le Seigneur. Ils ont vécu l'Evangile. Ils ont servi là où ils étaient appelés. Quatre de leurs fils et trois de leurs filles ont fait une mission. Le plus jeune fils sert actuellement à Oaxaca. Ils ont maintenant bâti une grosse affaire. Ils ont prospéré. Ils ont été critiqués; on s'est moqué d'eux. Leur réponse est le témoignage du pouvoir du Seigneur dans leur vie.
Quelque deux cents personnes parmi leurs parents et amis se sont joints à l'Eglise à cause de leur influence. Plus de trente jeunes gens et jeunes filles de leur parenté et de leurs amis ont fait une mission. Ils ont fait don du terrain sur lequel a été construite l'église.
Chacun à leur tour, tous les mois, les parents et les enfants, aujourd'hui adultes, vont à Mexico pour oeuvrer dans le temple. Ils sont le vivant témoignage du grand pouvoir qu'a cette oeuvre, l'oeuvre du Seigneur, d'élever et de changer la vie des gens. Ils sont semblables à des milliers d'autres personnes, à travers le monde, qui font l'expérience du miracle du mormonisme, en acquérant le témoignage de la divinité de cette oeuvre.
Ce témoignage peut être le plus précieux de tous les dons de Dieu. C'est un don qu'accorde le ciel si on fait l'effort de l'acquérir. Chaque homme, chaque femme de cette Eglise, a la possibilité et la responsabilité d'obtenir pour soi la conviction de la véracité de cette grande oeuvre des derniers jours, et le témoignage de ceux qui la dirigent, à savoir le Dieu vivant et le Seigneur Jésus-Christ.
Jésus a indiqué la manière d'acquérir ce témoignage, quand il a dit: «Ma doctrine n'est pas de moi, mais de celui qui m'a envoyé.
«Si quelqu'un veut faire sa volonté, il connaîtra si ma doctrine est de Dieu, ou si je parle de mon chef» (Jean 7:16, 17).
Nous grandissons en foi et en connaissance en servant, en étudiant, en priant.
Lorsque Jésus a nourri les 5000 personnes, elles ont reconnu le miracle et se sont émerveillées. Quelques-unes sont revenues. A celles-là il a enseigné la doctrine de sa divinité, qu'il est le pain de vie. Il leur a fait le reproche de ne pas s'intéresser à la doctrine mais seulement à la satisfaction de la faim du corps. Certains, en l'entendant prêcher sa doctrine, ont dit: «Cette parole est dure; qui peut l'écouter?» (Jean 6:60). «Qui peut croire ce que cet homme enseigne?»
«Dès ce moment, plusieurs de ses disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec lui.
«Jésus donc dit aux douze [je crois avec un sentiment de découragement]: Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller?
«Simon Pierre lui répondit: Seigneur à qui irions-nous? Tu as les paroles de vie éternelle.
«Et nous avons cru et nous avons connu que tu es le Christ, le Saint de Dieu» (Jean 6:66-69).
C'est ici la grande question, et la réponse, que nous devons tous affronter. «Seigneur à qui irions-nous? Tu as les paroles de vie éternelle. Et nous avons cru et nous avons connu que tu es le Christ, le Saint de Dieu.»
C'est cette conviction, cette douce certitude intérieure de l'existence du Dieu vivant, de la divinité de son Fils bien aimé, du rétablissement de leur oeuvre à cette époque et des glorieuses manifestations qui ont suivi, qui devient pour chacun de nous le fondement de notre foi. Cela devient notre témoignage.
J'ai mentionné plus tôt au cours de cette conférence que je suis allé récemment à Palmyra, dans l'Etat de New York.
On est amené à dire à propos des événements qui se sont produits dans cette région: «De deux choses l'une; ou ça a eu lieu ou ça n'a pas eu lieu. C'est l'un ou l'autre.»
Alors la voix de la foi nous murmure: «Cela a bien eu lieu. Ça s'est produit exactement comme il l'a dit.»
Tout près de là se trouve la colline Cumorah. C'est de là que viennent les anciennes annales d'où fut traduit le Livre de Mormon. Il faut accepter ou rejeter son origine divine. Le poids des preuves doit conduire chaque homme et femme qui l'a lu avec foi à dire: «C'est vrai.»
Il en va de même des autres éléments de cette chose miraculeuse que nous appelons le Rétablissement de l'Evangile, de la prêtrise et de l'Eglise des temps anciens.
Ce témoignage est, aujourd'hui comme par le passé, une déclaration, une affirmation de la vérité telle que nous la connaissons. La déclaration de Joseph Smith et de Sidney Rigdon concernant le Seigneur qui est à la tête de cette oeuvre. est simple et puissante:
«Et maintenant, après les nombreux témoignages qui ont été rendus de lui, voici le nôtre, le dernier de tous: il vit!
«Car nous le vîmes et ce, à la droite de Dieu; et nous entendîmes la voix rendre témoignage qu'il est le Fils unique du Père;
«Que par lui, à travers lui et en lui, les mondes sont et furent créés, et que les habitants en sont des fils et des filles engendrés pour Dieu» (D&A 76:22-24).
C'est dans cet esprit que j'ajoute mon propre témoignage. Notre Père Eternel vit. Il est le Grand Dieu de l'univers et règne avec majesté et puissance. Et cependant, il est le Père vers qui je peux aller en prière avec l'assurance qu'il entend, qu'il écoute et répond.
Jésus est le Christ, son Fils immortel, qui, sous la direction du Père, a été le créateur de la terre. Il était le Grand Jéhovah de l'Ancien Testament, qui condescendit à venir dans le monde pour y être le Messie, qui a fait don de sa vie sur la croix du Calvaire par sa merveilleuse expiation, à cause de son amour pour nous. L'oeuvre dans laquelle nous sommes engagés est leur oeuvre et nous sommes leurs serviteurs. Nous devons leur rendre des comptes. J'en rends témoignage au nom de Jésus-Christ, amen.