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Conférence générale
Octobre 2000
Les séductions et les tentations du monde

Les séductions et les tentations du monde

Neal A. Maxwell
du Collège des douze apôtres

« Beaucoup de gens préoccupés par les soucis du monde ne sont pas nécessairement en transgression. Mais ils sont sans aucun doute le jouet de distractions et ils prodiguent ainsi les jours de leur épreuve (voir 2 Néphi 9:27). »

Neal A. Maxwell

Pour les vrais croyants, les séductions et les tentations du monde, entre autres ses plaisirs, la puissance, les louanges, l'argent et les positions en vue, ont toujours existé. Cependant, beaucoup de systèmes de soutien utiles autrefois sont aujourd'hui gauchis ou brisés. De plus, les choses néfastes du monde commercialisées au moyen d'une technologie envahissante et vantées par un bombardement médiatique, peuvent quasiment toucher chaque foyer et chaque hameau. Tout cela au moment où beaucoup de gens se désintéressent déjà de la spiritualité, disant : « Je suis riche, je me suis enrichi, et je n'ai besoin de rien » (Apocalypse 3:17).

Par contre, les avantages de l'état de disciple sont tels que si nous voyons s'arrêter une longue limousine, nous savons que ce n'est pas nous qu'elle vient chercher. Le plan de Dieu n'est pas le plan du plaisir ; c'est le « plan du bonheur ».

Les séductions et tentations du monde sont puissantes. Les modes de vie profanes sont habilement soutenus par la justification que « tout le monde le fait », qui suscite la caution réelle ou feinte de la majorité. Des produits sont lancés, des attitudes sont engendrées par un marketing très adroitement ciblé.

Pierre a donné ce conseil : « Chacun est esclave de ce qui a triomphé de lui » (2 Pierre 2:19). Frères et soeurs, il y a de nombreuses formes d'esclavage personnalisées !

Les railleurs haussent les épaules, comme l'a prédit Pierre : « Où est la promesse de l'avènement [du Christ] ? Car. . . tout demeure comme dès le commencement de la création » (2 Pierre 3:4). Ces cyniques prennent à tort la succession des troupes d'acteurs sur la scène de la condition mortelle pour une preuve de l'absence de metteur en scène ou de scénario.

Certains, tels des poissons rouges dans un bocal, ne se rendent pas compte que quelqu'un change l'eau et leur donne à manger (voir Jacob 4:13-14) ou se comportent comme un enfant à l'école maternelle dont le parent semble tarder à venir le chercher, et qui conclut solennellement : « L'homme est seul dans l'univers. »

J'admets que certains désirent sincèrement avoir plus de pouvoir afin de faire du bien, mais seules quelques rares personnes sont assez bonnes pour être puissantes. Mais la soif de pouvoir et de notoriété vide de toute spiritualité, et dépouille certains de toute sensibilité (voir Ephésiens 4:19 ; 1 Néphi 17:45 ; Moroni 9:20). Ce qui est étrange, c'est que bien que désensibilisés, ils sont encore capables de percevoir le bruit d'une caméra de télévision à cent mètres. La concurrence autour des postes de pouvoir enviés de la condition mortelle ne rappelle-t-elle pas le jeu des chaises musicales de notre enfance ?

En fait, notre état de disciple peut nous priver des honneurs du monde. Comme Balak le dit à Balaam : « J'avais dit que je te rendrais des honneurs, mais l'Eternel t'empêche de les recevoir » (Nombres 24:11-12). De toutes façons, le maquillage que sont les louanges ne tient pas longtemps. Nous tressaillons lorsque nous voyons ceux que le monde flattait autrefois, comme Judas, utilisés, méprisés puis mis au rebut (voir D&A 121:20). Cependant, quand certains d'entre eux y sont prêts, nous devons soutenir leurs mains à eux aussi (voir Hébreux 12:12 ; D&A 81:5).

Certes les félicitations et les louanges méritées ont leur utilité, mais nous ne devons pas oublier ce qu'a dit Jésus à propos de ceux qui reçoivent les honneurs mortels : « Ils reçoivent leur récompense » (Matthieu 6:2, 5).

Il y a une raison qui soutend toute cette fugacité, mes frères et soeurs : Ceux qui octroient les choses éphémères du monde ne font eux-mêmes que passer. Ils ne peuvent conférer quoi que ce soit de durable, parce qu'ils ne le possèdent pas ! Certains, le ressentant et ayant une vision limitée, veulent avoir tout maintenant !

Ces lamentations que nous venons d'évoquer amènent plusieurs suggestions précises.

Pour commencer, il n'existe pas de remède plus puissant que de puiser, davantage que nous ne le faisons, aux dons du Saint-Esprit !

Nous devons aussi honorer la place toute particulière de la famille. James Q. Wilson a écrit :

« Nous apprenons à nous entendre avec les gens de ce monde parce que nous apprenons à nous entendre avec les membres de notre famille. Ceux qui fuient la famille fuient le monde ; privés de l'affection, de la tutelle et des difficultés [de la famille], ils ne sont pas préparés à affronter les épreuves, les jugements et les exigences [du monde] » (James Q. Wilson, The Moral Sense, 1993, p. 163).

Comme il est paradoxal que certains partent « pour un pays éloigné » (Luc 15:13), en quittant le jardin familial nourrissant, où il peut certes y avoir quelques mauvaises herbes, pour aller dans un désert de sauges emportées par le vent.

La droiture personnelle, le culte, la prière et l'étude des Ecritures sont essentiels pour se dépouiller de l'homme naturel (voir Mosiah 3:19). Soyez donc sur vos gardes quand certains exigent la tolérance publique pour l'abandon à leurs passions personnelles, quelles qu'elles soient !

Jeunes ou moins jeunes, nous devons être de bons amis, mais également choisir nos amis avec soin. Quand on choisit le Seigneur en premier, il est plus facile et beaucoup moins dangereux de choisir ses amis. Réfléchissez à la différence qu'il y a entre les amitiés dans la ville d'Enoch et les camaraderies dans les villes de Sodome et Gomorrhe ! Les habitants de la ville d'Enoch ont choisi Jésus et un mode de vie, devenant ainsi des amis éternels. Tant dépend des personnes et des choses que nous recherchons en premier !

Nous pouvons aussi essayer de réagir spirituellement comme Joseph en Egypte : Quand il fut tenté, il s'enfuit, manifestant ainsi qu'il avait du courage et de bonnes jambes ! (voir Genèse 39:12). Les jeunes et les adultes doivent s'éloigner des situations dangereuses.

Ceux qui reviennent, les « fils prodigues », ne sont jamais assez nombreux c'est vrai, mais il en revient régulièrement d'un « pays éloigné » (Luc 15:13). Bien entendu, il vaut mieux être amené à l'humilité « à cause de la parole » que d'y être contraint par les circonstances, mais celles-ci peuvent être le facteur nécessaire ! (voir Alma 32:13-14). La famine peut entraîner une faim de spiritualité.

Comme le fils prodigue, nous pouvons, nous aussi, nous rendre dans un « pays éloigné », qui peut ne pas être plus éloigné qu'un concert de rock dégradant. La distance qui nous sépare du « pays éloigné » ne se mesure pas en kilomètres, mais à l'éloignement où notre coeur et notre esprit sont de Jésus ! (voir Mosiah 5:13). La distance n'est pas d'ordre géographique ; elle est déterminée par la fidélité !

Malgré toutes les fortes séductions et tentations du monde, les sentiments spirituels peuvent s'imposer et s'imposent d'une manière ou d'une autre. Il peut se produire des remises en cause du doute. Toutes les solutions de facilité ne parviennent pas véritablement à guérir du vide et de l'ennui de l'athéisme.

De plus, des gens qui ont laborieusement gravi ce qui était des sommets aux yeux du monde s'aperçoivent qu'en fin de compte ils ne sont assis que sur un petit tas de sable ! Tant d'efforts pour en arriver là !

Et d'ailleurs, pourquoi convoiter la richesse, si nous ne dépensons de l'argent que pour ce qui n'a pas de valeur, pour ce qui ne peut pas satisfaire (voir 2 Néphi 9:51).

Comme Jésus, nous pouvons décider chaque jour ou en un instant de ne pas prêter attention à la tentation (voir D&A 20:22). Nous pouvons réagir à l'irritation par un sourire au lieu d'un froncement de sourcils, ou en donnant des félicitations chaleureuses au lieu d'afficher une indifférence glaciale. Si nous sommes compréhensifs au lieu d'être brusques, d'autres peuvent, à leur tour, décider de tenir un peu plus longtemps au lieu de céder. L'amour, la patience et la douceur peuvent être tout aussi contagieux que la grossièreté et l'impolitesse.

Il peut y avoir des turbulences mais salutaires aux plans personnel et général (voir 2 Néphi 28:19). Il se peut que des coeurs trop attachés aux choses profanes doivent être brisés (voir D&A 121:35). Des esprits préoccupés et éloignés de Dieu peuvent être secoués par des avertissements (voir Mosiah 5:13).

Beaucoup de gens préoccupés par les soucis du monde ne sont pas nécessairement en transgression. Mais ils sont sans aucun doute le jouet de distractions et ils prodiguent ainsi les jours de leur épreuve (voir 2 Néphi 9:27). Cependant certains, orgueilleusement, « vivent sans Dieu dans le monde » (Alma 41:11) et ont fermé portails et portes de l'intérieur !

Notez cependant mes frères et soeurs que les gens trop préoccupés d'eux-mêmes laissent immanquablement tomber les autres !

Adoptons l'attitude recommandée par Brigham Young : « Dites aux champs. . . aux troupeaux. . . au bétail. . . à l'or. . . à l'argent. . . aux biens meubles et immeubles, et au monde entier : écartez-vous de mes pensées, car je monte adorer le Seigneur » (Deseret News, 5 janvier 1854, p. 2). Il y a tant de façons de dire au monde de s'écarter.

Mari et femme peuvent « raisonner ensemble » à date régulière, et faire le point. Il peut être nécessaire d'apporter des corrections de détail, et ces entretiens peuvent être plus précieux que nous ne le pensons. Hélas, trop de couples sont trop occupés.

Les instants sont les molécules dont l'éternité est composée ! Il y a des années, le président Hinckley a donné ce conseil : « Ce ne sont pas tant les grands événements que les petites décisions quotidiennes qui tracent le cours de notre vie. . . Notre vie est, en réalité, la somme de nos décisions apparemment sans importance et de notre capacité de nous conformer à ces décisions » (César, le cirque ou le Christ, Brigham Young University Speeches of the Year, 26 octobre 1965, p. 3).

Heureusement, nos erreurs peuvent sans tarder être effacées par un repentir qui ne se laisse pas décourager, par lequel nous montrons notre foi de continuer de faire des efforts, que ce soit dans l'accomplissement d'une tâche ou dans une relation. Cette endurance est en fait l'affirmation de notre véritable identité ! Les fils et les filles d'esprit de Dieu ne doivent pas être rabaissés en permanence alors qu'ils sont élevés par l'expiation de Jésus. L'expiation infinie du Christ s'applique à nos échecs inscrits dans la finitude ! D'où la supplication qu'exprime le cantique :

Je suis enclin à errer, Seigneur,
Je suis enclin à m'écarter du Dieu que j'aime ;
Voici mon coeur ; prends-le et scelle-le.
Scelle-le pour tes cours célestes.
(« Come, Thou Fount of Every Blessing », Hymns, 1948, n° 70).

Cela nous aide aussi à résister aux séductions et aux tentations du monde de savoir que le cours de notre vie, bien qu'imparfait, est globalement acceptable aux yeux du Seigneur (voir Lectures on Faith, 1985, p. 67). Si nous faisons preuve de suffisamment d'engagement, ces paisibles assurances peuvent nous être données !

Le véritable sentiment de notre valeur nous est donné par la connaissance de notre identité, non pas seulement par nos actions. Les paroles profondes de Jésus demeurent : « Quelle sorte d'hommes [et de femmes] devriez-vous être ? En vérité, je vous le dis, tels que je suis » (3 Néphi 27:27 ; voir aussi Matthieu 5:48 ; 3 Néphi 12:48).

Les bonnes actions améliorent bien entendu notre personnalité et notre potentiel, mais il est évident que les circonstances et les possibilités de la condition mortelle sont très variables. Malgré ces différences, nous pouvons devenir plus semblables au Christ dans notre capacité d'être - plus aimant, plus doux, plus patient et plus soumis.

Si nous accordons plus d'attention à ce que nous sommes qu'à ce que nous faisons, nous serons le même en public et en privé, nous serons un homme ou une femme du Christ. De toute façon, notre valeur intrinsèque ne dépend pas des louanges prodiguées par les mortels ; en fait, il se peut que le monde nous considère comme faibles et fous (voir 1 Corinthiens 1:27). En réponse à ce jugement, il y a des affirmations divines telles que : « L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » (Romains 8:16).

Dieu est infiniment plus intéressé par le fait que nous ayons une place dans son royaume que par notre place dans un organigramme terrestre. Peut-être ne sommes-nous pas satisfaits de notre peu de pouvoir, mais Dieu se soucie de notre maîtrise de nous-mêmes. Notre Père veut que nous rentrions au foyer, porteurs de notre véritable curriculum vitae, qui est nous-mêmes !

Pourtant, ici-bas, notre jalousie continue encore de se manifester régulièrement pour de l'argent, une question de territoire, une insulte, ou parce que l'on donne « une robe » et le « veau gras » à d'autres (voir Luc 15:22-23).

Nous avons réellement trouvé notre place quand nous savons qui nous sommes et à qui nous appartenons vraiment ! Vous rappelez-vous cette célèbre réplique du Violon sur le toit, à propos d'Anatevka ? Là, « tout le monde sait qui il est et ce que Dieu lui demande de faire » (Joseph Stein, Un Violon sur le toit, 1964, p. 3 ; italiques ajoutées). A quoi nous pourrions ajouter : « et ce que Dieu lui demande d'être. »

Oui, nous sommes libres de choisir ces avantages de la condition mortelle qui ont une brève durée de vie. Le grand moment viendra où tout genou fléchira et où toute langue confessera que Jésus est le Christ (voir Mosiah 27:31 ; D&A 88:104). Alors les galeries et les trônes de la condition mortelle seront vides. Le grand et spacieux édifice lui-même tombera dans un grand fracas (voir 1 Néphi 8:26-28) ! Alors, ceux qui ont vécu sans Dieu dans le monde confesseront, eux aussi, qu'il est Dieu ! (voir Mosiah 27:31). En attendant, sa personnalité et ses attributs devraient nous porter à l'adoration et à l'imitation.

N'est-il pas merveilleux, mes frères et soeurs, que notre Dieu, qui sait tout, passe cependant du temps à écouter nos prières ? Comparé à cette dimension universelle, qu'est-ce que le monde a réellement à offrir ? Une ovation, un moment fugace d'adulation ou bien un regard approbateur d'un César éphémère ?

Puisse Dieu nous accorder de voir les choses telles qu'elles sont et qu'elles seront réellement (voir Jacob 4:13 ; D&A 93:24), et puissions-nous attribuer la gloire, l'honneur et les louanges à Dieu, ce que je fais maintenant. Au nom sacré de Jésus-Christ. Amen !

 
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