Souciez-vous de la vie de l’âme

Neal A. Maxwell

Of the Quorum of the Twelve Apostles


Neal A. Maxwell
Les disciples réellement convertis, bien qu’encore imparfaits, sont en quête de «la vie de l’âme», chaque jour, dans chaque décennie, au milieu de n’importe quelle décadence et de n’importe quelle destruction.

Dans la tourmente des événements mondiaux – dont nous ne sommes pas totalement à l’abri, demeure le combat réel et continuel de l’humanité : qui consiste, au milieu des soucis du monde, à choisir ou non réellement – pour reprendre les termes du Seigneur, de se soucier de la vie de l’âme (D&A 101:37). Quel que soit le degré de notre implication dans les événements extérieurs, ce combat intérieur se poursuit dans les périodes tranquilles comme dans les périodes agitées. Qu’on le comprenne et qu’on en soit conscient ou non, c’est là la tâche immuable des mortels, de génération en génération.

Lorsque nous nous efforçons de garder les commandements de Dieu, « l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (2 Corinthiens 4:16). Alors, même dans les mauvais jours, nous garderons notre âme, quelle que soit la situation extérieure. (Proverbes 19:16.) Certes, certaines décisions intérieures de veiller sur notre âme et de la garder se prennent dans des moments où il ne se passe rien par ailleurs, comme cela a été le cas pour le fils prodigue. Il avait nourri les pourceaux jour après jour, jusqu’au beau jour où il est « rentré en lui-même » (Luc 15:17.) Quoi qu’il ait pu se produire d’autre ce jour-là dans ce « pays éloigné » (Luc 15:13), le fils prodigue avait réfléchi à ses voies et avait décidé fermement : « je me lèverai, j’irai vers mon père » (Luc 15:18). Une transformation a suivi l’introspection. Cependant, un gardien de pourceaux qui rentre chez lui n’aurait guère attiré l’attention des passants.

Mais d’autres fois, la conjonction des événements extérieurs et des choses intérieures est plus visible. Pilate était aux prises avec des troubles en apparence locaux à propos d’un certain Jésus de Nazareth. La récente réconciliation de Pilate avec Hérode, dont il était l’ennemi jusque là (Luc 23:12), était certainement un facteur politique nouveau pour les personnes informées. Bien que partagé entre plusieurs sentiments, il céda aux pressions de la foule conditionnée et amnistia Barabbas au lieu de Jésus (Luc 23:12). Les mains lavées, mais encore sales, il semble que Pilate soit retourné à Césarée. Le Christ, lui, poursuivit son chemin à Gethsémané et au Calvaire, où il accomplit l’expiation universelle effroyable mais libératrice grâce à laquelle des milliards et des milliards d’individus allaient ressusciter.

Aujourd’hui, la guerre menace ici et frappe là les justes et les injustes, mais le don glorieux de la grandiose résurrection que le Christ nous a fait se déversera sur tous ! De même que la crête blanche des vagues ne révèle pas les changements qui se produisent dans les profondeurs de la mer, de même, dans le cas de l’Expiation, il s’est produit des choses d’une importance mondiale et éternelle dans un jardin et sur une obscure colline.

L’œuvre de Dieu se fait souvent dans la discrétion. Par exemple, qu’elles qu’en aient été les raisons économiques immédiates, par son déménagement de de la Nouvelle-Angleterre au nord de l’État de New York, la famille de Joseph Smith, père, a été conduite, à son insu, vers les plaques sacrées, enterrées dans la colline Cumorah, qui allaient devenir un « autre témoignage du Christ » tant que la terre existerait (2 Néphi 25:22).

Par conséquent, bien que nous soyons dans des temps de conflit, se soucier paisiblement de l’âme reste ce qui importe le plus. Bien que les événements produisent des moments décisifs qui peuvent permettre aux gens de manifester leur justice, les bouleversements extérieurs ne sauraient justifier un manque de détermination intérieure, même si certains semblent manquer si facilement de résolution. Si des hostilités éclatent ici ou là, nous ne sommes cependant pas contraints de rompre nos alliances ! Par exemple, on ne peut justifier l’adultère par le simple fait qu’il y a la guerre, et que des femmes et des maris sont séparés. Il n’y a pas d’amendement au septième commandement qui dise « Tu ne commettras pas l’adultère, sauf en temps de guerre » (voir Exode 20:14).

Lors d’une autre guerre, David O. McKay a recommandé aux militaires membres de l’Église de rester moralement purs au milieu de la bestialité de la guerre (Conference Report, avril 1969, p. 153).

Bien que des nations se lèvent contre d’autres nations, ces troubles ne justifient pas que des partenaires en affaires se lèvent contre leurs partenaires ou contre leurs actionnaires en volant ou en portant des faux-témoignages, enfreignant ainsi les huitième et neuvième commandements, auxquels il n’y a pas non plus d’amendement (voir Exode 20:15).

L’incertitude quant à la situation du monde ne justifie pas l’incertitude quant à la morale, et la tourmente qui nous étourdit ne couvrira pas nos péchés au regard de Dieu, qui voit tout. De plus, les victoires militaires ne peuvent remplacer nos victoires dans notre guerre personnelle pour la maîtrise de soi. Pas plus que la haine acharnée des hommes ne diminue l’amour parfait et rédempteur de Dieu pour tous ses enfants. De même, les brumes qui obscurcissent l’instant ne peuvent changer la réalité du fait que le Christ est la Lumière du monde !

Soyons comme le jeune homme qui était avec Élisée sur la montagne. Il fut d’abord intimidé par les chars des ennemis qui l’entouraient mais ensuite Dieu lui ouvrit miséricordieusement les yeux et le jeune homme vit les chevaux et les chariots de feu ; cela lui confirma ce qu’avait dit Élisée : « ceux qui sont avec nous sont en plus grand nombre que ceux qui sont avec eux » (2 Rois 6:17). Mes frères et sœurs, l’arithmétique spirituelle n’a pas changé !

Nos déficiences intellectuelles et nos interrogations ne changent rien à la réalité de la stupéfiante prescience de Dieu qui tient compte de nos choix, dont nous sommes responsables. Parmi les communiqués fragmentaires et les scoops concernant les divers conflits humains, Dieu vit dans un « aujourd’hui éternel », dans lequel le passé, le présent et l’avenir sont constamment devant ses yeux (voir D&A 130:7). Ses décisions divines sont garanties, car tout ce qu’il prend à cœur de faire, il le fera sans aucun doute (voir Abraham 3:17). Il connaît la fin depuis le commencement (voir Abraham 2:8) ! Dieu est pleinement capable d’accomplir son œuvre et de réaliser tous ses desseins, ce que l’homme ne peut faire avec ses plans les mieux élaborés car nous faisons si souvent mauvais usage de notre libre arbitre (voir 2 Néphi 27:20) !

Dieu nous a assuré :

« Je vous guiderai le long du chemin » (D&A 78:18).

« Je serai au milieu de vous» (D&A 49:27).

Mes frères et sœurs, il sera avec nous dans tous nos moments difficiles (voir D&A 3:8).

Entre temps, les moments décisifs de la vie de l’âme continuent de se succéder, que nous réagissions par l’abandon aux passions ou par l’abnégation, dans nos décisions quotidiennes personnelles, par exemple entre la douceur et la colère, la miséricorde et l’injustice, la générosité et l’avarice.

Les guerres n’abrogent pas le deuxième commandement. Il ne connaît pas de frontière. Ceux qui le respectent ne portent pas d’insigne national et n’ont pas la peau d’une couleur particulière.

Nous pouvons connaître la faim, et pourtant réagir comme l’a fait la veuve qui a utilisé le peu qui lui restait à manger pour nourrir Élisée (voir 1 Rois 17:8-16). Ce partage dans la pauvreté et le dénuement réels est toujours touchant. Quand j’étais adolescent, j’ai eu un évêque extraordinaire, M. Thirl Marsh. Dans sa jeunesse, il avait essayé à maintes reprises de se faire embaucher dans les mines, pendant la Dépression. N’ayant pas l’âge requis, mais étant grand, il a persisté et a fini par être embauché. Mais plusieurs de ses amis ne l’ont pas été. Plus d’une fois, après sa dure journée de travail, il a partagé généreusement son salaire avec eux, jusqu’à ce qu’ils soient embauchés à leur tour.

Quand on médite sur « la vie de l’âme », il est utile de s’efforcer de parvenir à la conversion personnelle complète. L’Évangile tombe d’abord « dans la bonne terre », c’est-à-dire les gens qui ont le « cœur honnête et bon » (Luc 8:15). Successivement, ces personnes entendent la parole avec joie, la comprennent, portent du fruit, persévèrent, et finalement apprennent ce que signifie avoir faim et soif de justice (voir Matthieu 13:20, 23 ; traduction de Joseph Smith, Matthieu 13:21). C’est un « grand changement de cœur » (Mosiah 5:2). La conversion est, fondamentalement, la transformation de l’homme naturel en l’homme du Christ (Mosiah 3:19 ; Hélaman 3:29 ; voir aussi 2 Corinthiens 5:17). C’est un travail qui prend plus d’une après-midi.

Ce processus continuel a pour résultat, entre autres, que l’on n’a plus de disposition à faire le mal mais à faire le bien continuellement (voir Mosiah 5:2). Il n’est donc pas étonnant que ce processus permette à ceux qui sont ainsi convertis de fortifier leurs frères (voir Luc 22:32) et d’édifier autrui en étant toujours prêts à répondre devant quiconque leur demande raison de l’espérance qui est en eux (voir 1 Pierre 3:15). Ces justes rendent, eux aussi, un service essentiel bien que discret à l’humanité : ils viennent faire partie du nombre requis pour faire se déverser les bénédictions de Dieu si nécessaires sur toute l’humanité.

Les disciples réellement convertis, bien qu’encore imparfaits, sont en quête de « la vie de l’âme », chaque jour, dans chaque décennie, au milieu de n’importe quelle décadence et de n’importe quelle destruction. Ce processus consiste à s’occuper des affaires du Père (Luc 2:49 ; voir aussi Moïse 1:39).

Cette conversion complète devant se produire de toute façon, les événements douloureux et les troubles peuvent même nous être utiles en provoquant une reprise ou une accélération du voyage.

Mes frères et sœurs, au milieu des situations explosives et des soucis frustrants du monde, soucions-nous de « la vie de l’âme », comme cela nous est demandé. Grâce à la magnifique expiation de Jésus, la vie de cette âme immortelle dépasse la grande longévité de n’importe quelle étoile, et, par conséquent, la brève durée des événements mortels, même les plus sinistres.

J’en témoigne, au nom sacré de Jésus-Christ. Amen !