La dîme, un commandement même pour les démunis

Of the First Quorum of the Seventy


Lynn G. Robbins
Depuis le début, le sacrifice réel est ce qui distingue les fidèles.

Dans le classique éternel de Charles Dickens , Un conte de Noël, Bob Cratchit espère passer Noël en famille. « Si cela convient, Monsieur », demande-t-il à son employeur, Mr Scrooge.

« Cela ne convient pas », répond Scrooge, « et n’est pas juste. Si je devais vous retenir une demi-couronne pour cela, vous vous jugeriez maltraité…

« Et pourtant », dit Scrooge, « vous ne me jugez pas maltraité quand je paie une journée de salaire contre aucun travail. »

Le secrétaire fait remarquer que ce n’est qu’une fois par an.

« La belle excuse pour faire les poches d’un homme tous les vingt-cinq décembre ! », dit Scrooge 1 .

Pour Scrooge, comme pour tout égoïste ou pour tout « homme naturel », le sacrifice ne convient jamais.

L’homme naturel a tendance à ne penser qu’à lui, non seulement à se mettre en premier, mais à ne mettre personne d’autre en deuxième position, même pas Dieu. Pour l’homme naturel, le sacrifice ne vient pas naturellement. Il a un appétit insatiable de plus de choses. Ses prétendus besoins semblent dépasser toujours ses revenus de sorte qu’il n’en a jamais « assez », comme Scrooge, l’avare.

Comme l’homme naturel a tendance à tout thésauriser ou consommer, le Seigneur a sagement commandé à l’ancien Israël de sacrifier non les dernières bêtes les plus chétives, mais les premiers-nés du troupeau, non les glanes laissées dans les champs, mais les prémices de la moisson (voir Deutéronome 26:2 ; Mosiah 2:3 ; Moïse 5:5). Depuis le début, le sacrifice réel est ce qui distingue les fidèles.

Parmi les gens qui ne font pas de sacrifice, il y a deux extrêmes. L’un est l’homme riche et plein de convoitise qui ne veut pas ; l’autre est l’homme pauvre et démuni qui croit ne pas pouvoir faire de sacrifice. Mais comment peut-on demander à quelqu’un qui meurt de faim de manger moins ? Y a-t-il un niveau de pauvreté si bas que le sacrifice ne soit pas attendu ou une famille si démunie que le paiement de la dîme cesse d’être requis ?

Dans ses enseignements, le Seigneur utilisait souvent les cas extrêmes pour illustrer un principe. L’histoire de la veuve de Sarepta est un exemple de pauvreté extrême utilisée pour enseigner la doctrine que la miséricorde ne peut pas plus priver le sacrifice que la justice de leur dû. En fait, la véritable mesure du sacrifice n’est pas tant ce que l’on donne en sacrifice que ce que l’on sacrifie pour le donner (voir Marc 12:43). La foi n’est pas autant mise à l’épreuve quand le placard est plein que quand il est vide. Dans ces instants décisifs, la situation critique ne donne pas du caractère, elle le révèle. Elle est la mise à l’épreuve.

La veuve de Sarepta vivait à l’époque du prophète Élie, par la parole de qui le Seigneur a provoqué une sécheresse dans tout le pays pendant trois ans et demi (voir Luc 4:25). La famine est devenue si grave que beaucoup de gens ont fini par être à l’article de la mort. C’est dans cette situation que nous trouvons la veuve.

Le Seigneur dit à Élie : « Lève-toi, va à Sarepta… Voici, j’y ai ordonné à une femme veuve de te nourrir » (1 Rois 17:9). Il est intéressant de noter qu’il n’est dit à Élie d’aller à Sarepta que quand la veuve et son fils sont sur le point de mourir. C’est dans cette situation extrême, quand elle est près de mourir de faim, que la foi de la femme est mise à l’épreuve.

À l’entrée de la ville, il la voit ramasser du bois.

« Il l’appela, et dit : Va me chercher, je te prie, un peu d’eau dans un vase, afin que je boive.

« Et elle alla en chercher. Il l’appela de nouveau, et dit : Apporte-moi, je te prie, un morceau de pain dans ta main.

« Et elle répondit : L’Éternel, ton Dieu, est vivant ! je n’ai rien de cuit, je n’ai qu’une poignée de farine dans un pot et un peu d’huile dans une cruche. Et voici, je ramasse deux morceaux de bois, puis je rentrerai et je préparerai cela pour moi et pour mon fils ; nous mangerons, après quoi nous mourrons » (versets 10-12).

Une poignée de farine serait vraiment peu de chose, peut-être juste assez pour une part, ce qui rend la réponse d’Élie intrigante. Écoutez. « Élie lui dit : Ne crains point, rentre, fais comme tu as dit. Seulement, prépare-moi d’abord avec cela un petit gâteau… » (verset 13 ; italiques ajoutés).

Mais cela ne paraît-il pas égoïste de demander non seulement la première, mais vraisemblablement la seule part ? Nos parents ne nous ont-ils pas appris à laisser les autres se servir d’abord et surtout qu’un homme bien élevé doit laisser une dame se servir d’abord, encore plus si c’est une veuve qui meurt de faim ? La veuve de Sarepta a le choix : Est-ce qu’elle mange ou est-ce qu’elle sacrifie son dernier repas et hâte sa mort ? Elle sacrifiera peut-être sa nourriture, mais peut-elle sacrifier celle qu’elle destine à son fils qui meurt de faim ?

Élie comprenait la doctrine selon laquelle les bénédictions suivent la mise à l’épreuve de la foi. Il n’agissait pas en égoïste. En serviteur du Seigneur, Élie était là pour donner, non pour prendre. Poursuivons le récit :

« … Seulement, prépare-moi d’abord [les prémices] avec cela un petit gâteau, et tu me l’apporteras ; tu en feras ensuite pour toi et pour ton fils.

« Car ainsi parle l’Éternel, le Dieu d’Israël : La farine qui est dans le pot ne manquera point et l’huile qui est dans la cruche ne diminuera point, jusqu’au jour où l’Éternel fera tomber de la pluie sur la face du sol.

« Elle alla, et elle fit selon la parole d’Élie Et pendant longtemps elle eut de quoi manger, elle et sa famille, aussi bien qu’Élie.

« La farine qui était dans le pot ne manqua point, et l’huile qui était dans la cruche ne diminua point, selon la parole que l’Éternel avait prononcée par Élie » (versets 13-16 ; italiques ajoutés). »

Une raison pour laquelle le Seigneur illustre les principes par les situations les plus extrêmes, c’est pour éliminer les excuses. Si le Seigneur attend même de la veuve la plus pauvre qu’elle paye son obole, où cela place-t-il tous les autres qui trouvent qu’il ne convient pas ou qu’il n’est pas facile de faire des sacrifices ?

Un évêque, un missionnaire ne devrait jamais manquer de foi pour enseigner la loi de la dîme aux pau-vres. Le sentiment qu’« ils ne peuvent pas se le permettre » doit être remplacé par celui qu’« ils ne peuvent pas se permettre de ne pas le faire ».

Une des premières choses qu’un évêque doit faire pour aider les nécessiteux, c’est de leur demander de payer leur dîme. Comme la veuve, si une famille démunie doit choisir entre payer sa dîme et manger, elle doit payer sa dîme. L’évêque peut l’aider en lui donnant sa nourriture et d’autres nécessités de base jusqu’à ce qu’elle devienne autonome.

En octobre 1998, l’ouragan Mitch a dévasté de nombreuses parties de l’Amérique Centrale. Le président Hinckley était très inquiet du sort des victimes de cette catastrophe, dont beaucoup ont tout perdu : nourriture, vêtements et biens ménagers. Il a rendu visite aux saints des villes de San Pedro Sula et de Tegucigalpa, au Honduras, et de Managua, au Nicaragua. Et comme Élie, prophète plein d’amour s’adressant à une veuve mourant de faim, le prophète moderne a donné dans chaque ville un message semblable : faire des sacrifices et obéir à la loi de la dîme.

Comment peut-on demander à quelqu’un de si démuni de faire des sacrifices ? Le président Hinckley savait que les convois de nourriture et de vêtements que les gens recevaient les aideraient à survivre à la crise, mais son souci et son amour pour eux dépassaient cela de beaucoup. Aussi importante que soit l’aide humanitaire, il savait que l’aide la plus importante vient de Dieu, non des hommes. Le prophète voulait les aider à faire s’ouvrir les écluses des cieux comme promis par l’Éternel dans le livre de Malachie (voir Malachie 3:10 ; Mosiah 2:24).

Le président Hinckley leur a enseigné que, s’ils voulaient payer leur dîme, ils auraient toujours de quoi manger sur leur table, toujours des vêtements sur le dos et toujours un toit au-dessus de leur tête.

Quand on sert un repas, il est plus facile de mettre une assiette de plus au début du repas que de trouver de la nourriture pour un retardataire quand le repas est terminé et que la nourriture a été servie. De même, n’est-il pas en fait plus facile de donner au Seigneur les premiers-nés ou les prémices plutôt que d’espérer qu’il y aura assez de « restes » pour lui ? En dispensateur de notre festin, ne devrait-il pas être l’invité de marque, le premier servi ?

Evelyn Robbins, ma mère pleine d’amour, m’a enseigné la loi de la dîme quand j’avais quatre ans. Elle m’a donné une boîte à pansements vide, en métal avec un couvercle qui se clique. Elle m’a appris à y garder mes petites pièces de dîme puis à les apporter à l’évêque. Je lui suis éternellement reconnaissant de ma boîte à pansements et des bénédictions que j’ai reçues en payant la dîme.

Dans Un conte de Noël, Mister Scrooge change ses voies : il n’est pas l’homme qu’il a été. De même, cet Évangile est un évangile de repentir. Si l’Esprit nous murmure d’obéir plus complètement à la loi de sacrifice dans notre vie, puissions-nous faire ce changement aujourd’hui.

Je suis très reconnaissant envers le Sauveur, qui a été l’exemple parfait d’obéissance par le sacrifice, qui s’est offert en sacrifice pour le péché et est devenu, comme l’a dit Léhi, « les prémices pour Dieu » (2 Néphi 2:7,9 ; italiques ajoutés). Je rends témoignage de lui et de ces principes qui sont les siens, au nom de Jésus-Christ. Amen.

Note

  1. 1.

    The Annotated Christmas Carol, éd. Michael Patrick Hearn, 1976, p. 69; italiques ajoutés.