Une période de mise à l’épreuve

Notre patrimoine : Brève histoire de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, 1999


John Taylor

Après la mort de Brigham Young, le Collège des douze apôtres, sous la présidence de John Taylor, dirigea les saints des derniers jours pendant trois ans. Le 10 octobre 1880, John Taylor fut soutenu comme président de l’Eglise. C’était un écrivain et un journaliste doué, qui publia un livre sur l’Expiation et fut le rédacteur de quelques-uns des périodiques les plus importants de l’Eglise, notamment le Times and Seasons et le Mormon. En de nombreuses occasions, il montra son courage et son profond dévouement à l’Evangile rétabli: entre autres, il rejoignit volontairement ses frères à la prison de Carthage, où il fut touché par quatre balles. Sa devise personnelle, «le royaume de Dieu ou rien», exprime sa loyauté à Dieu et à l’Eglise.

L’œuvre missionnaire

Le président Taylor tenait à faire tout ce qu’il pouvait pour que l’Evangile fût proclamé jusqu’aux extrémités de la terre. A la conférence générale d’octobre 1879, il appela Moses Thatcher, l’apôtre le plus récent de l’Eglise, à faire du prosélytisme à Mexico. Le 13 novembre 1879, frère Thatcher et deux autres missionnaires organisèrent, la première branche de l’Eglise à Mexico, avec, comme président de branche, le Dr Plotino C. Rhodacanaty. Celui-ci avait été converti après avoir lu une brochure en espagnol sur le Livre de Mormon et avoir écrit au président Taylor pour obtenir des renseignements supplémentaires sur l’Eglise.

Avec un noyau de douze membres et de trois missionnaires, l’Evangile rétabli commença à se répandre lentement parmi les Mexicains. Le 6 avril 1881, frère Thatcher, Feramorz Young et un certain frère Pais escaladèrent le Popocatepetl jusqu’à une hauteur de quatre mille sept cents mètres et tinrent un bref service de consécration. A genoux devant le Seigneur, frère Thatcher consacra le Mexique et son peuple pour qu’ils entendent la voix du Seigneur, leur vrai berger.

Frère Thatcher rentra à Salt Lake City et recommanda l’appel d’autres missionnaires pour servir au Mexique. Plusieurs jeunes gens, dont Anthony W. Ivins, futur membre de la Première Présidence, servirent bientôt à Mexico. Dans le cadre de l’effort de l’Eglise dans la mission mexicaine, une édition en langue espagnole du Livre de Mormon fut publiée en 1886. L’histoire de Milton Trejo, qui aida à traduire le Livre de Mormon et d’autres textes de l’Eglise en espagnol, montre comment le Seigneur dirige son œuvre.

Milton Trejo naquit en Espagne et grandit sans se décider pour aucune religion. Il était sous les drapeaux aux Philippines lorsqu’il entendit une réflexion sur les mormons des Montagnes Rocheuses et éprouva le grand désir de leur rendre visite. Plus tard, il tomba très malade et il lui fut dit en rêve qu’il devait visiter l’Utah. Quand il guérit, il se rendit à Salt Lake City, rencontra Brigham Young et étudia l’Evangile. Il acquit la conviction qu’il avait trouvé la vérité et devint membre de l’Eglise. Il fit une mission au Mexique. Il était alors préparé, spirituellement et intellectuellement, à jouer un rôle majeur dans l’oeuvre qui allait permettre aux hispanophones de lire le Livre de Mormon dans leur langue.

Le président Taylor appela aussi des missionnaires pour porter l’Evangile aux Indiens vivant dans l’Ouest américain. Les travaux d’Amos Wright eurent un succès particulier parmi les Shoshones résidant dans la réserve de la Wind River du Wyoming. En quelques mois seulement, Wright avait baptisé plus de trois cents Indiens, parmi lesquels le chef Washakie. Les missionnaires de l’Eglise portèrent aussi l’Evangile aux Navajos, aux Pueblos et aux Zunis vivant en Arizona et au Nouveau-Mexique. Wilford Woodruff passa un an à faire du prosélytisme parmi les Indiens, dont les Hopis, les Apaches et les Zunis. Ammon M. Tenney participa au baptême de plus de cent Zunis.

Les missionnaires continuèrent aussi à enseigner l’Evangile en Angleterre et en Europe. En 1883, Thomas Biesinger, né en Allemagne, et qui habitait Léhi (Utah), reçut un appel à aller en mission en Europe. Avec Paul Hammer, il fut envoyé à Prague, qui faisait alors partie de l’empire austro-hongrois. La loi interdisait aux missionnaires de faire du prosélytisme; ils se contentèrent donc d’entrer en conversation avec les gens qu’ils rencontraient. Ces conversations déviaient souvent vers la religion. Après avoir agi de cette manière pendant un mois seulement, frère Biesinger fut arrêté et retenu pendant deux mois en prison. Lorsqu’il recouvra la liberté, il eut la bénédiction de baptiser Antonin Just, qui était celui qui l’avait dénoncé. Frère Just devint le premier saint des derniers jours résident en Tchécoslovaquie1.

L’Evangile fut également prêché en Polynésie. Deux Hawaïens, les frères Kimo Pelio et Samuela Manoa, furent envoyés en 1862 à Samoa. Ils baptisèrent une cinquantaine de personnes, et frère Manoa continua à habiter Samoa pendant les vingt-cinq années suivantes avec ses convertis. En 1887, Joseph H. Dean, de Salt Lake City, fut appelé en mission à Samoa. Frère Manoa et sa fidèle épouse ouvrirent leur maison à frère Dean et à sa femme, Florence, premiers saints des derniers jours extérieurs à Samoa qu’ils eussent vus en plus de vingt ans. Frère Dean ne tarda pas à baptiser quatorze personnes et fit un mois plus tard son premier sermon en samoan2. C’est ainsi que l’œuvre missionnaire recommença dans l’île.

A partir de 1866, pour empêcher la diffusion de la lèpre, les autorités hawaïennes emmenèrent les personnes atteintes de la maladie dans la péninsule de Kalaupapa dans l’île de Molokai. En 1873, Jonathan et Kitty Napela, qui étaient saints des derniers jours, y furent bannis. Seule Kitty avait la maladie, mais Jonathan, qui lui avait été scellé dans la maison des dotations de Salt Lake City, refusa de l’y laisser seule. Jonathan contracta plus tard la maladie, et lorsqu’un bon ami lui rendit visite neuf ans plus tard, c’est à peine s’il le reconnut. Il présida un certain temps les saints de la péninsule, qui en 1900 comptait plus de deux cents âmes. Les dirigeants de l’Eglise n’oublièrent pas les membres fidèles qui souffraient de cette terrible maladie et rendaient souvent visite à la branche pour veiller à ses besoins spirituels3.

La conférence du jubilé

Le 6 avril 1880, les membres de l’Eglise fêtèrent le cinquantième anniversaire de l’organisation de l’Eglise. Ils l’appelèrent année du jubilé, comme le faisaient les anciens Israélites pour chaque cinquantième année. Le président Taylor remit beaucoup de dettes que devaient à l’Eglise ses membres nécessiteux. L’Eglise fit également don de trois cents vaches et de deux mille moutons, qui devaient être distribués entre ses «pauvres méritants4». Les sœurs de la Société de Secours de l’Eglise firent don de quelque trente cinq mille boisseaux de blé à ceux qui étaient dans le besoin. Le président Taylor recommanda aussi aux membres de l’Eglise de remettre les dettes personnelles, surtout parmi ceux qui étaient dans la détresse. «C’est le temps du jubilé!» déclara-t-il5. Un esprit de pardon et de joie se fit fortement sentir parmi les saints des derniers jours.

Le dernier jour de la conférence générale du jubilé d’avril 1880 fut très émouvant. Onze des douze apôtres rendirent leur témoignage pendant la dernière session. Orson Pratt, l’un des membres originels du Collège des douze apôtres, parla de l’époque où l’Eglise tout entière s’était réunie chez Peter Whitmer, père, à Fayette (New York) et rappela les épreuves, les rassemblements, les persécutions et les afflictions des saints des derniers jours, et se dit reconnaissant d’être toujours «compté parmi ce peuple». Il rendit ensuite témoignage de la grande œuvre que le Seigneur avait faite au cours des cinquante dernières années6». Il ne restait plus à frère Pratt que quelques mois à vivre et il était heureux d’avoir persévéré jusqu’à la fin et d’être resté un saint des derniers jours fidèle.

Deux ans avant le jubilé, John Taylor avait autorisé la création d’une organisation pour donner un enseignement religieux aux enfants. La première Primaire commença à Farmington (Utah), à vingt-cinq kilomètres au nord de Salt Lake City, et au milieu des années 1880, une Primaire avait été organisée dans presque toutes les colonies des saints des derniers jours. La Primaire a grandi, et compte maintenant des millions d’enfants de par le monde qui ont la bénédiction de se retrouver chaque semaine, d’étudier l’Evangile et de chanter.

Les persécutions continuent

Pendant qu’il travaillait, au début des années 1830, à la traduction de la Bible, Joseph Smith fut intrigué par le fait qu’Abraham, Jacob, David et d’autres dirigeants de l’Ancien Testament avaient plus d’une femme. Le prophète pria pour comprendre la chose et apprit qu’à certains moments, dans des buts précis, selon des lois données par Dieu, le mariage plural était approuvé et commandé par Dieu. Il apprit aussi qu’avec l’approbation divine, certains saints des derniers jours seraient bientôt choisis par l’autorité de la prêtrise pour épouser plus d’une femme. Un certain nombre de saints des derniers jours pratiquèrent le mariage plural à Nauvoo, mais il n’y eut d’annonce publique de cette doctrine et de cette pratique qu’à la conférence générale d’août 1852, à Salt Lake City. Lors de cette conférence, Orson Pratt, sur ordre du président Young, annonça que la pratique pour un homme d’avoir plus d’une femme faisait partie du rétablissement de toutes choses par le Seigneur (voir Actes 3:19–21).

Beaucoup de dirigeants politiques et religieux d’Amérique entrèrent dans une grande colère quand ils apprirent que les saints des derniers jours vivant en Utah encourageaient un système de mariage qui était considéré comme immoral et antichrétien. Une grande croisade politique fut lancée contre l’Eglise et ses membres. Le Congrès américain votta une loi qui limitait la liberté des saints des derniers jours et lésait économiquement l’Eglise. Cette loi amena finalement les autorités à arrêter et à emprisonner les hommes qui avaient plus d’une femme et à leur refuser le droit de vote, le droit à l’intimité au foyer et la jouissance de leurs autres libertés civiques. Des centaines de saints des derniers jours fidèles et un petit nombre de femmes furent condamnés à des peines de prison en Utah, en Idaho, en Arizona, au Nebraska, au Michigan et dans le Dakota du Sud.

Les persécutions devinrent aussi intenses pour beaucoup de personnes qui acceptaient un appel à prêcher l’Evangile, surtout dans le sud des Etats-Unis. Par exemple, en juillet 1878, Joseph Standing fut brutalement assassiné pendant qu’il oeuvrait près de Rome (Géorgie). Son compagnon, le futur apôtre Rudger Clawson, n’échappa que de peu à la mort. Les saints de Salt Lake City furent profondément affligés par la nouvelle du meurtre de frère Standing. Des milliers de personnes assistèrent à ses funérailles au Tabernacle de Salt Lake City.

Les frères John Gibbs, William Berry, William Jones et Henry Thompson parcoururent une grande partie du Tennessee pour essayer de modifier la perception que le public avait de l’Eglise. Ils se reposaient un matin de sabbat d’août 1884 chez James Condor, près de Cane Creek, au Tennessee. Alors que frère Gibbs étudiait les Ecritures à la recherche d’un texte pour son sermon, des émeutiers jaillirent de la forêt et commencèrent à tirer. Les frères Gibbs et Berry furent tués. Frère Gibbs, instituteur, laissait une femme et trois enfants. Sœur Gibbs resta veuve quarante-trois ans et devint sage-femme pour élever ses enfants. Elle mourut fidèle à l’Evangile, dans l’espoir de joyeuses retrouvailles avec son mari. Brigham Henry Roberts, qui faisait fonction de président de mission à l’époque des meurtres, risqua sa vie pour aller, sous un déguisement, exhumer les corps de Gibbs et de Berry. Il ramena les corps en Utah, où beaucoup de paroisses organisèrent des services de commémoration en l’honneur des deux missionnaires.

Des missionnaires d’autres régions furent battus jusqu’à ce que le sang leur coule le long du dos, et beaucoup conservèrent jusqu’à leur mort les cicatrices de ces flagellations. Ce n’était pas, à l’époque, facile d’être membre de l’Eglise.

Beaucoup de dirigeants de l’Eglise passèrent dans la clandestinité pour éviter d’être arrêtés par les autorités fédérales qui recherchaient les hommes ayant plus d’une femme. Les familles craignaient les intrusions de ces policiers tard le soir. George Q. Cannon, Lorenzo Snow, Rudger Clawson, Brigham Henry Roberts, George Reynolds et d’autres furent envoyés en prison, où ils passèrent leur temps à écrire des livres, à donner des cours et à rédiger des lettres à leur famille. John Taylor fut obligé de vivre en exil à Kaysville (Utah), à une trentaine de kilomètres au nord de Salt Lake City, où il mourut le 25 juillet 1887. C’était un homme plein de foi et de courage, qui consacra sa vie à son témoignage de Jésus-Christ et à l’établissement du royaume de Dieu sur la terre.

Wilford Woodruff

Wilford Woodruff fut un des meilleurs missionnaires de l’Eglise et il était également connu pour sa perception prophétique et sa loyauté à l’Eglise. Il tenait méticuleusement son journal, qui nous fournit beaucoup de renseignements sur les débuts de l’histoire de l’Eglise. Il était président du Collège des douze apôtres lorsque John Taylor mourut et fut soutenu, presque deux ans plus tard, comme président de l’Eglise.

Pendant son ministère, la croisade politique contre les saints des derniers jours s’intensifia, mais l’Eglise alla de l’avant. Il y avait des temples dans trois villes d’Utah: Saint-George, Logan et Manti, et le temple de Salt Lake City était presque achevé. Ces maisons du Seigneur permirent à des milliers de saints d’obtenir leur dotation et de faire les ordonnances pour leurs parents décédés. Le président Woodruff s’intéressa toute sa vie au temple et à la généalogie. Il exhorta bien des fois les saints à faire les ordonnances du temple pour leurs ancêtres.

L’événement suivant montre bien l’importance de l’oeuvre que les saints accomplissaient pour les morts. En mai 1884, Henry Ballard, évêque de la deuxième paroisse de Logan, signait chez lui des recommandations à l’usage du temple. Sa fille de neuf ans, qui bavardait avec des amies sur le trottoir près de la maison, vit deux hommes âgés s’approcher. Ils l’appelèrent, lui remirent un journal et lui dirent de le porter à son père.

La fillette fit ce qu’on lui demandait. Frère Ballard vit que le journal, le Newbury Weekly News, publié en Angleterre, contenait les noms de plus de soixante connaissances à lui et à son père, ainsi que des renseignements généalogiques. Ce journal, daté du 15 mai 1884, lui avait été remis trois jours seulement après son impression. A une époque où on était encore loin de parler de transports aériens, où il fallait plusieurs semaines au courrier pour arriver d’Angleterre dans l’Ouest de l’Amérique, c’était un miracle.

Le lendemain, frère Ballard se rendit avec le journal au temple et raconta l’histoire de sa provenance à Marriner W. Merrill, président du temple. Celui-ci déclara: «Frère Ballard, quelqu’un de l’autre côté est vivement désireux que l’on fasse l’œuvre pour lui, et il savait que vous le feriez si ce journal vous tombait entre les mains7.» Ce journal est conservé à la bibliothèque historique de l’Eglise à Salt Lake City.

En dépit des persécutions, les dirigeants de l’Eglise continuèrent à encourager l’installation dans des régions non colonisées de l’Ouest américain. A partir de 1885, beaucoup de familles de l’Eglise s’installèrent en Sonora et au Chihuahua (Mexique), fondant des villes telles que Colonia Juarez et Colonia Diaz. D’autres régions du nord du Mexique reçurent également des immigrants membres de l’Eglise.

Les membres de l’Eglise envisagèrent aussi des colonies au Canada. Charles O. Card, qui était président du pieu de Cache Valley, fonda, en 1886, une communauté de saints des derniers jours dans le sud de l’Alberta. Dès l’hiver de 1888, plus de cent saints des derniers jours vivaient dans l’ouest du Canada, et d’autres arrivèrent pendant les années 1890, fournissant la main d’œuvre nécessaire pour créer un système d’irrigation et construire une ligne de chemin de fer. Beaucoup de dirigeants de l’Eglise acquirent leur maturité en Alberta.

Le Manifeste

Vers la fin des années 1880, le gouvernement des Etats-Unis décréta d’autres lois privant ceux qui pratiquaient le mariage plural du droit de vote et de participation à un jury et limita radicalement la quantité de biens que l’Eglise pouvait posséder. Les familles de l’Eglise souffrirent parce qu’un nombre plus grand encore de pères durent se cacher. Le président Woodruff supplia le Seigneur de le guider. Le soir du 23 septembre 1890, le prophète, agissant sous l’inspiration, écrivit le Manifeste, document qui mettait fin au mariage plural pour les membres de l’Eglise. Le Seigneur donna une vision au président Woodruff, lui montrant que si la pratique du mariage plural ne prenait pas fin, le gouvernement américain s’emparerait des temples, mettant ainsi fin à l’œuvre du temple pour les vivants et pour les morts.

Le 24 septembre 1890, la Première Présidence et le Collège des douze apôtres soutinrent le Manifeste. Les saints l’approuvèrent à la conférence générale d’octobre 1890. Ce document constitue aujourd’hui la Déclaration officielle n°1 des Doctrine et Alliances.

Après la décision prise par l’Eglise, les autorités fédérales accordèrent la grâce aux saints des derniers jours condamnés pour avoir enfreint les lois contre la polygamie, et une grande partie des persécutions prit fin. Mais, comme l’expliquait le président Woodruff: «J’aurais laissé tous les temples nous échapper, je serais allé moi-même en prison et aurais laissé tous les autres hommes y aller, si le Dieu du ciel ne m’avait pas commandé de faire ce que j’ai fait; et lorsque vint l’heure où il me fut commandé de faire cela, c’était tout à fait clair pour moi. J’allai devant le Seigneur, et j’écrivis ce que le Seigneur me dit d’écrire» («Extraits de trois discours du président Wilford Woodruff concernant le Manifeste», inclus après la Déclaration officielle n°1). Ce fut Dieu et non le Congrès américain qui décida de l’abandon officiel du mariage plural.

La société généalogique

Longtemps avant que les saints des derniers jours ne fondent une société généalogique, des membres de l’Eglise rassemblèrent les documents parlant de la vie de leurs ancêtres décédés. Wilford Woodruff, Orson Pratt et Heber J. Grant sont parmi ceux qui se procurèrent les noms de milliers d’ancêtres pour lesquels ils accomplirent les ordonnances du temple. En 1894, la Première Présidence commanda l’organisation d’une société généalogique, Franklin D. Richards en étant le premier dirigeant. Une bibliothèque fut créée, et des représentants de la société allèrent dans le monde entier à la recherche de noms de personnes pour qui on pourrait accomplir les ordonnances du temple. Cette société fut à l’origine de la création du département généalogique de l’Eglise.

Au cours de la conférence générale d’avril 1894, le président Woodruff annonça qu’il avait reçu une révélation concernant l’œuvre généalogique. Il déclara que Dieu voulait que les saints des derniers jours «remontent leur généalogie le plus loin possible et soient scellés à leurs pères et mères». Il ajouta: «Faites sceller les enfants à leurs parents et faites remonter cette chaîne aussi loin que vous le pouvez… telle est la volonté du Seigneur pour ce peuple, et je pense qu’en y réfléchissant bien, on se rend compte que c’est vrai8». Les saints des derniers jours sont toujours invités à rechercher les informations relatives à leurs ancêtres décédés et à accomplir les ordonnances du temple en leur faveur.

De 1885 à 1900, beaucoup de membres de l’Eglise firent des missions pour la généalogie. Ils étaient invités à Salt Lake City pour recevoir d’une Autorité générale une bénédiction en vue de leur mission. On leur fournissait aussi une carte missionnaire et une lettre de nomination. Ils visitaient la parenté, notaient les noms sur les tombes et étudiaient les registres paroissiaux et les bibles familiales, rentrant chez eux avec des renseignements précieux qui permettaient l’accomplissement de l’œuvre du temple. Beaucoup de missionnaires rapportèrent avoir eu des expériences spirituelles qui leur donnèrent l’assurance ferme que le Seigneur était avec eux et les dirigeait souvent vers une source ou un parent dont ils avaient besoin9.

Consécration du temple de Salt Lake City

Le président Woodruff consacra une grande partie de sa vie à l’œuvre du temple. Il fut le premier président du temple de Saint-George et consacra le temple de Manti. La pierre angulaire du temple de Salt Lake City était maintenant posée depuis quarante ans, et le président Woodruff attendait avec impatience la consécration de ce temple, étape historique. Les services de consécration eurent lieu du 6 avril au 18 mai 1893, et quelque soixante-quinze mille personnes y assistèrent10.

Salt Lake

Des milliers de saints se rassemblèrent le 6 avril 1892 pour assister à la posedeladernière pierre du temple de Salt Lake City.

Après le premier service de consécration, qui eut lieu le 6 avril, le président Woodruff écrivit dans son journal: «L’Esprit et la puissance de Dieu ont reposé sur nous. L’esprit de prophétie et de révélation étaient sur nous et le cœur du peuple fondit et beaucoup de choses nous furent dévoilées11.» Certains saints des derniers jours virent des anges tandis que d’autres revoyaient d’anciens présidents de l’Eglise et d’autres dirigeants de l’Eglise décédés12.

Lorsque le président Woodruff fêta son quatre-vingt-dixième anniversaire, des milliers d’enfants de l’Ecole du Dimanche remplirent le Tabernacle du Square du temple pour l’honorer. Il fut profondément ému et, parlant avec une grande émotion, dit à son jeune auditoire qu’à l’âge de dix ans il était allé à une Ecole du Dimanche protestante et avait lu un passage où il était question d’apôtres et de prophètes. Quand il rentra chez lui, il pria pour vivre suffisamment longtemps pour voir de nouveau des apôtres et des prophètes sur la terre. Et voilà qu’il se trouvait maintenant en présence d’hommes qui étaient à la fois apôtres et prophètes; sa prière avait été exaucée au-delà de toutes ses espérances13.

Un an plus tard, le 2 septembre 1898, le président Woodruff décédait tandis qu’il était en visite à San Francisco.

Lorenzo Snow et la dîme

Après la mort du président Woodruff, Lorenzo Snow, président du Collège des Douze, devint président de l’Eglise. C’était un dirigeant sage et aimant qui avait été bien préparé à ses responsabilités. Il avait connu tous les prophètes modernes jusqu’alors et avait été instruit par eux. En novembre 1900, il dit aux saints réunis au Tabernacle qu’il avait souvent rendu visite à Joseph Smith et à sa famille, mangé à sa table et eu des entretiens privés avec lui. Il savait que Joseph était un prophète de Dieu parce que le Seigneur lui avait montré cette vérité «d’une manière très claire et très complète14».

Pendant le ministère du président Snow, l’Eglise se trouva dans de graves difficultés financières causées par la loi du gouvernement fédéral contre le mariage plural. Le président Snow médita et pria pour être guidé quant à la façon de libérer l’Eglise de cette dette qui l’affaiblissait. Après la conférence générale d’avril 1899, il se sentit inspiré à se rendre à Saint-George (Utah). Pendant qu’il y était et qu’il faisait un discours à une réunion, il marqua un temps d’arrêt, et quand il poursuivit, il déclara qu’il avait reçu une révélation. Le peuple de l’Eglise avait négligé la loi de la dîme, et le Seigneur lui avait dit que si les membres de l’Eglise payaient plus fidèlement une dîme complète, des bénédictions seraient déversées sur eux.

Le prophète prêcha l’importance de la dîme à des assemblées partout en Utah. Les saints obéirent à ses instructions, et cette année-là, ils payèrent deux fois plus de dîme que l’année précédente. En 1907, l’Eglise possédait suffisamment de fonds pour payer tous ses créanciers et se libérer des dettes.

En 1898, lors d’une réception pour le bureau général de la Société d’Amélioration Mutuelle des Jeunes Filles, George Q. Cannon annonça que la Première Présidence avait pris la décision d’appeler «quelques-unes de nos femmes sages et intelligentes dans le champ de la mission15». Jusqu’alors, quelques sœurs avaient accompagné leur mari en mission, mais c’était la première fois que l’Eglise appelait officiellement et mettait à part des sœurs comme ambassadrices missionnaires du Seigneur Jésus-Christ. Les sœurs n’ont pas le devoir d’aller en mission, cependant au cours des dernières décennies des milliers d’entre elles ont fait une mission et ont servi vaillamment le Seigneur comme missionnaire à plein temps.

Lorenzo Snow fit entrer l’Eglise dans le vingtième siècle. A l’aube du nouveau siècle, l’Eglise avait quarante-trois pieux, vingt missions, et neuf cent soixante-sept paroisses et branches. Il y avait deux cent quatre-vingt-trois mille sept cent soixante-cinq membres, dont la plupart résidaient dans les Montagnes Rocheuses. Quatre temples étaient en activité, et le Juvenile Instructor, l’Improvement Era et le Young Women’s Journal transmettaient à ses membres des articles sur l’Eglise. Le bruit courait qu’une nouvelle mission au moins serait peut-être ouverte, et les saints des derniers jours n’avaient aucune idée de ce que les cent années suivantes allaient leur réserver. Et pourtant, ils avaient l’assurance que les prophéties concernant la destinée de l’Eglise s’accompliraient.

Montrer les références

    Sources

  1.   1.

    Kahlile Mehr, «Enduring Believers: Czechoslovakia and the LDS Church, 1884–1990», Journal of Mormon History (automne 1992), 112–13.

  2.   2.

    R. Lanier Britsch, Unto the Islands of the Sea: A History of the Latter-day Saints in the Pacific (1986), 352–54.

  3.   3.

    Lee G. Cantwell, «The Separating Sickness», This People (été 1995), 58.

  4.   4.

    B. H. Roberts, A Comprehensive History of the Church, 5:592.

  5.   5.

    B. H. Roberts, A Comprehensive History of the Church, 5:593.

  6.   6.

    B. H. Roberts, A Comprehensive History of the Church, 5:590– 91.

  7.   7.

    Melvin J. Ballard: Crusader for Righteousness (1966), 16–17.

  8.   8.

    James R. Clark, comp., Messages of the First Presidency of The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints, 6 vol. (1965– 75), 3:256–57.

  9.   9.

    James B. Allen, Jessie L. Embry, Kahlile B. Mehr, Hearts Turned to the Fathers: A History of the Genealogical Society of Utah, 1894–1994 (1995), 39–41.

  10.   10.

    B. H. Roberts, A Comprehensive History of the Church, 6:236.

  11.   11.

    «Wilford Woodruff Journals» (1833–98), 6 avr. 1893; dans Archives de l’Eglise.

  12.   12.

    Richard Neitzel Holzapfel, Every Stone a Sermon (1992), 71, 75, 80.

  13.   13.

    Voir Matthias F. Cowley, Wilford Woodruff (1909), 602.

  14.   14.

    «The Redemption of Zion», Millennial Star, 29 nov. 1900, 754.

  15.   15.

    «Biographical Sketches: Jennie Brimhall and Inez Knight», Young Women’s Journal, juin 1898, 245.