Sacrifices et bénédictions à Nauvoo

Notre patrimoine : Brève histoire de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, 1999


Les saints des derniers jours qui étaient parvenus jusqu’en Illinois reçurent un accueil chaleureux des généreux citoyens de la ville de Quincy. Lorsque Joseph Smith fut rentré de son emprisonnement à la prison de Liberty, les saints remontèrent le Mississippi sur environ cinquante kilomètres. Ils asséchèrent les vastes marécages de la région et commencèrent à construire la ville de Nauvoo dans une boucle du fleuve. Comme les saints s’y rassemblaient de tous les coins des Etats-Unis, du Canada et d’Angleterre, la ville ne tarda pas à être une ruche bourdonnante d’activité et de commerce. En quatre ans, elle était devenue une des plus grandes villes d’Illinois.

Nauvoo

Les saints construisirent la belle ville de Nauvoo au bord du Mississippi. Le temple de Nauvoo surplombait la ville.

Les membres de l’Eglise connurent une paix relative, se sentant rassurés par le fait qu’un prophète vivait et œuvrait parmi eux. Des centaines de missionnaires appelés par le prophète quittèrent Nauvoo pour proclamer l’Evangile. On construisit un temple, on reçut la dotation du temple, on créa pour la première fois des paroisses, on fonda des pieux, on organisa la Société de Secours, on publia le Livre d’Abraham et l’on reçut d’importantes révélations. Pendant plus de six ans, les saints manifestèrent une unité, une foi et un bonheur remarquables, et leur ville devint un symbole d’industrie et de vérité.

Sacrifices des missionnaires de Nauvoo

Lorsque les saints commencèrent à construire leurs maisons et à faire leurs semailles, beaucoup contractèrent la fièvre paludéenne, maladie infectieuse accompagnée de fièvre et de frissons. La plupart des Douze, et Joseph Smith lui-même, furent malades. Le 22 juillet 1839, la puissance de Dieu reposa sur le prophète et il se leva de son lit de malade. Par la puissance de la prêtrise, il se guérit, lui et les malades de sa maison, puis commanda à ceux qui campaient sous la tente devant sa porte d’être guéris. Beaucoup de gens furent guéris. Le prophète alla d’une tente à l’autre, d’une maison à l’autre, bénissant tout le monde. Ce fut un des plus grands jours de foi et de guérison de l’histoire de l’Eglise.

Au cours de cette période, le prophète appela le Collège des Douze à aller en mission en Angleterre. Orson Hyde, membre du Collège des Douze, fut envoyé à Jérusalem consacrer la Palestine au rassemblement du peuple juif et des autres enfants d’Abraham. Des missionnaires furent envoyés prêcher partout aux Etats-Unis et dans l’est du Canada, et Addison Pratt et d’autres reçurent l’appel d’aller dans les îles du Pacifique.

Ces frères firent de grands sacrifices en quittant leur foyer et leur famille pour répondre à leur appel à servir le Seigneur. Beaucoup de membres des Douze furent atteints par la fièvre paludéenne tandis qu’ils se préparaient à partir en Angleterre. Wilford Woodruff, qui était très malade, laissa Phoebe, sa femme, presque sans nourriture et dans un dénuement quasi total. George A. Smith, le plus jeune des apôtres, était si malade qu’il fallut le porter jusqu’au chariot, et un homme qui le vit demanda au conducteur s’ils avaient pillé les tombes. Seul Parley P. Pratt, qui emmena sa femme et ses enfants, son frère Orson Pratt et John Taylor n’étaient pas malades lorsqu’ils quittèrent Nauvoo, mais frère Taylor tomba plus tard terriblement malade et manqua de mourir sur le chemin de New York.

Brigham Young était si malade qu’il était incapable de marcher sans aide ne serait-ce qu’une courte distance, et son compagnon, Heber C. Kimball, ne valait pas mieux. Leurs épouses et leurs enfants étaient également alités. Lorsque les apôtres atteignirent le sommet d’une colline non loin de chez eux, couchés tous les deux dans un chariot, il leur sembla qu’ils ne pourraient jamais supporter de laisser leurs familles dans un état aussi pitoyable. A la suggestion de Heber, ils se levèrent péniblement, agitèrent leurs chapeaux au-dessus de leurs têtes et crièrent trois fois: «Hourra; hourra pour Israël.» Leurs épouses, Mary Ann et Vilate, réunirent leurs forces pour se lever et, en s’appuyant à l’encadrement de la porte, elles s’écrièrent: «Au revoir, que Dieu vous bénisse!» Les deux hommes se recouchèrent dans leur chariot, pleins de joie et de satisfaction de voir leurs femmes debout au lieu d’être malades au lit.

Restées sur place, les familles manifestèrent leur foi en faisant des sacrifices pour entretenir ceux qui avaient accepté un appel en mission. Louisa Barnes Pratt explique que quand son mari, Addison, fut appelé à partir en mission dans les îles Sandwich, il fallait éduquer et vêtir ses quatre enfants: «J’allais rester sans argent… Je me sentis d’abord le cœur affaibli, mais je décidai de me fier au Seigneur et d’affronter courageusement les maux de la vie, et me réjouis de ce que mon mari fût considéré comme digne de prêcher l’Evangile.»

Louisa et ses enfants allèrent jusqu’au dock faire leurs adieux à leur mari et père. Louisa écrit qu’une fois qu’ils furent rentrés à la maison, la tristesse s’empara d’eux. Peu de temps après, de violents coups de tonnerre éclatèrent. Une famille, qui vivait en face de chez nous, avait une maison qui prenait l’eau et qui était fragile et peu sûre. Elle vint bientôt chercher refuge au milieu de l’orage. Nous étions reconnaissants de les voir entrer; ils ont parlé et nous ont réconfortés, ont chanté des cantiques, et le frère a prié avec nous et est resté jusqu’à la fin de l’orage1

Peu après le départ d’Addison, sa petite fille contracta la variole. La maladie était si contagieuse que tout détenteur de la prêtrise qui rendrait visite aux Pratt courrait un vrai danger, de sorte que Louisa pria avec foi et «réprimanda la fièvre». Onze petits boutons apparurent sur le corps de sa fille, mais la maladie ne se déclara jamais. Au bout de quelques jours, la fièvre était partie. Louisa écrit: «Je montrai l’enfant à quelqu’un qui connaissait la maladie; il dit que c’était une attaque et que je l’avais vaincue par la foi2

Les missionnaires qui avaient quitté Nauvoo au prix d’aussi grands sacrifices amenèrent des milliers de personnes dans l’Eglise. Beaucoup de ces convertis firent également preuve d’une foi et d’un courage remarquables. Mary Ann Weston vivait en Angleterre auprès de la famille de William Jenkins pendant qu’elle apprenait le métier de couturière. Frère Jenkins fut converti à l’Evangile, et Wilford Woodruff se rendit chez lui pour rendre visite à la famille. Il n’y avait que Mary Ann à la maison à ce moment-là. Wilford s’assit au coin du feu et chanta: «Vais-je, par crainte de l’homme, arrêter le cours de l’Esprit en moi?» Mary Ann le regarda chanter et dit plus tard: «Il avait l’air si paisible et si heureux, que je me dis qu’il devait être un homme de bien et que l’Evangile qu’il prêchait devait être vrai3

En fréquentant les membres de l’Eglise, Mary Ann ne tarda pas à être convertie et à se faire baptiser, seule membre de sa famille à accepter le message de l’Evangile rétabli. Elle épousa un membre de l’Eglise qui mourut quatre mois plus tard des coups reçus d’émeutiers décidés à perturber une réunion de l’Eglise. Elle s’embarqua seule sur un bateau rempli d’autres saints des derniers jours en route pour Nauvoo, laissant sa maison, ses amis et ses parents incroyants. Elle ne revit jamais sa famille.

Avec les années, son courage et son engagement s’avérèrent être une bénédiction pour beaucoup de gens. Elle épousa Peter Maughan, un veuf, qui colonisa Cache Valley, dans le nord de l’Utah. Elle y éleva une grande famille. Ses enfants, fidèles, honorèrent l’Eglise et le nom de leur mère.

Les ouvrages canoniques

Au cours de la période de Nauvoo, on publia des écrits qui devinrent plus tard la Perle de Grand Prix. Ce livre contient des passages du livre de Moïse, le livre d’Abraham, un extrait du témoignage de Matthieu, des extraits de l’histoire de Joseph Smith et les articles de foi. Ces documents furent écrits ou traduits par Joseph Smith sous la direction du Seigneur.

Les saints avaient maintenant les Ecritures qui allaient devenir les ouvrages canoniques de l’Eglise: la Bible, le Livre de Mormon, les Doctrine et Alliances et la Perle de Grand Prix. Ces livres ont une valeur inestimable pour les enfants de Dieu, car ils enseignent les vérités fondamentales de l’Evangile et conduisent le chercheur honnête à la connaissance de Dieu le Père et de son Fils Jésus-Christ. D’autres révélations ont été ajoutées aux Ecritures modernes selon les directives données par le Seigneur par l’intermédiaire de ses prophètes.

Le temple de Nauvoo

Quinze mois seulement après avoir fondé Nauvoo, la Première Présidence, obéissant à la révélation, annonça que le moment était maintenant venu «d’ériger une maison de prière, une maison d’ordre, une maison pour le culte de notre Dieu, où l’on peut vaquer aux ordonnances, conformément à sa volonté divine4». Bien que pauvres et travaillant dur pour pourvoir aux besoins de leurs familles, les saints des derniers jours répondirent à l’appel de leurs dirigeants et commencèrent à faire don de temps et de moyens pour la construction d’un temple. Plus de mille hommes firent don de chaque dixième jour de travail. Une petite fille, Louisa Decker, fut impressionnée de voir sa mère vendre ses assiettes de porcelaine et une belle courtepointe comme don pour le temple5. D’autres saints des derniers jours firent don de chevaux, de chariots, de vaches, de porc et de blé pour aider à la construction du temple. Les femmes de Nauvoo furent invitées à donner de leur temps et leurs maigres économies pour le fonds du temple.

Caroline Butler n’avait pas le moindre sou à donner, mais elle avait le grand désir de faire quelque chose. Un jour qu’elle se rendait en ville en chariot, elle vit deux bisons morts. Elle sut tout à coup ce qu’elle pouvait offrir pour le temple. Ses enfants et elle arrachèrent les longs poils de la toison des bisons et les emportèrent chez eux. Ils lavèrent et cardèrent les poils et en firent un fil grossier, puis tricotèrent huit paires de moufles, qui furent données aux tailleurs de pierre travaillant sur le temple dans le froid glacial de l’hiver6.

Mary Fielding Smith, femme de Hyrum Smith, écrivit aux sœurs de l’Eglise en Angleterre, qui en un an récoltèrent cinquante mille pennies, pesant quatre cent trente-quatre livres, qu’elles envoyèrent à Nauvoo. Les fermiers firent don d’attelages et de chariots; d’autres vendirent une partie de leurs terres et firent don de l’argent au comité de construction. On offrit beaucoup de montres et de fusils. Les saints de Norway (Illinois) envoyèrent cent moutons à Nauvoo au comité du temple.

Brigham Young raconta: «Nous avons travaillé très dur sur le temple de Nauvoo, et pendant ce temps-là, il était très difficile d’obtenir le pain et les autres provisions dont les ouvriers avaient besoin pour manger.» Cela n’empêcha pas le président Young de recommander à ceux qui étaient responsables des fonds du temple de distribuer toute la farine qu’ils avaient, assuré qu’il était que le Seigneur pourvoirait. Au bout de peu de temps, Joseph Toronto, converti récent de Sicile, arriva à Nauvoo, apportant deux mille cinq cents dollars-or, qu’il remit aux frères7. Ces économies de frère Toronto furent utilisées pour se réapprovisionner en farine et acheter d’autres fournitures dont on avait grand besoin.

Peu après l’arrivée des saints à Nauvoo, le Seigneur révéla, par l’intermédiaire de Joseph Smith, que le baptême pouvait être accompli pour les ancêtres décédés qui n’avaient pas entendu l’Evangile (voir D&A 124:29–39). Beaucoup de saints trouvèrent un grand réconfort dans la promesse que les morts pouvaient avoir les mêmes bénédictions que ceux qui acceptaient l’Evangile ici-bas.

Le prophète reçut aussi une révélation importante concernant les enseignements, les alliances et les bénédictions que l’on appelle maintenant la dotation du temple. Cette ordonnance sacrée devait permettre aux saints «de s’assurer la plénitude des bénédictions» qui les prépareraient à «venir demeurer en la présence des Elohim dans les mondes éternels8». Après avoir reçu la dotation, maris et femmes pouvaient être scellés l’un à l’autre pour l’éternité par l’autorité de la prêtrise. Joseph Smith se rendait compte que son temps sur la terre était compté, aussi pendant la contruction du temple commença-t-il à donner la dotation à un nombre choisi de disciples fidèles à l’étage de son magasin de briques rouges.

Même après le meurtre de Joseph Smith, lorsqu’ils se rendirent compte qu’ils devraient sous peu quitter Nauvoo, les saints augmentèrent leurs efforts pour terminer le temple. Le grenier du temple inachevé fut consacré pour être l’endroit de l’édifice où la dotation aurait lieu. Les saints étaient si désireux de recevoir cette ordonnance sacrée que Brigham Young, Heber C. Kimball et d’autres parmi les douze apôtres restèrent nuit et jour dans le temple, ne dormant pas plus de quatre heures par nuit. Mercy Fielding Thompson était responsable de la lessive et du repassage des vêtements du temple et en outre supervisait la cuisine. Elle vivait, elle aussi, dans le temple, travaillant parfois toute la nuit pour que tout soit prêt le lendemain. D’autres membres étaient tout aussi dévoués.

Qu’est-ce qui faisait que les saints travaillaient si dur pour terminer un bâtiment qu’ils allaient bientôt abandonner? Près de six mille saints des derniers jours reçurent leur dotation avant de quitter Nauvoo. En envisageant leur émigration vers l’Ouest, ils étaient renforcés dans leur foi et trouvaient de l’assurance dans la connaissance que leurs familles étaient scellées à toute éternité. Le visage baigné de larmes, prêts à poursuivre leur chemin après avoir enterré un enfant ou un conjoint dans les vastes plaines américaines, ils étaient résolus en grande partie à cause de l’assurance contenue dans les ordonnances qu’ils avaient reçues dans le temple.

La Société de Secours

Pendant que le temple de Nauvoo était en construction, Sarah Granger Kimball, femme de Hiram Kimball, l’un des citoyens les plus riches de la ville, engagea une couturière appelée Margaret A. Cooke. Désirant promouvoir l’œuvre du Seigneur, Sarah fit don de tissu pour faire des chemises pour les hommes travaillant sur le chantier du temple, et Margaret accepta de les coudre. Peu de temps après, quelques voisines de Sarah émirent aussi le désir de participer à la confection des chemises. Les sœurs se réunirent dans le salon des Kimball et décidèrent de s’organiser officiellement. On demanda à Eliza R. Snow de rédiger les statuts de la nouvelle société.

Eliza présenta le texte à Joseph Smith, qui déclara que c’étaient les meilleurs statuts qu’il eût jamais vus. Mais il se sentit inspiré à étendre la vision qu’avaient les femmes de ce qu’elles pouvaient accomplir. Il leur demanda d’assister à une autre réunion, où il les organisa en une Société de Secours des femmes de Nauvoo. Emma Smith, femme du prophète, devint la première présidente de la société.

Joseph dit aux sœurs qu’elles recevraient leurs «instructions par l’intermédiaire de l’ordre que Dieu a créé par l’entremise de ceux qui sont désignés pour diriger». Il ajouta: «Je vous remets maintenant la clef au nom de Dieu, et cette société se réjouira, et la connaissance et l’intelligence se déverseront dorénavant; c’est le commencement de jours meilleurs pour cette société9

Peu après la naissance de la société, un comité rendit visite à tous les pauvres de Nauvoo, évalua leurs besoins et sollicita des dons pour les aider. Les dons en argent et l’argent récolté lors de la vente de nourriture et de literie permirent aux enfants nécessiteux d’aller à l’école. Pour aider les nécessiteux, on fit don de lin, de laine, de fil, de bardeaux, de savon, de bougies, de ferblanterie, de bijoux, de paniers, de couvertures piquées, de couvertures, d’oignons, de pommes, de farine, de pain, de biscuits et de viande.

En plus d’aider les pauvres, les sœurs de la Société de Secours adoraient Dieu ensemble. Eliza R. Snow raconte qu’au cours d’une réunion «presque toutes les personnes présentes se levèrent et parlèrent, et l’Esprit du Seigneur, comme un flot purificateur, revigora tous les cœurs10». Ces sœurs priaient les unes pour les autres, fortifiaient mutuellement leur foi et consacraient leur vie et leurs ressources à promouvoir la cause de Sion.

Le martyre

Si les années passées à Nauvoo apportèrent beaucoup de bons moments aux saints, les persécutions ne tardèrent pas à reprendre, et leur point culminant fut le meurtre de Joseph et de Hyrum Smith. Ce fut une époque sombre et triste que personne n’allait jamais oublier. Louisa Barnes Pratt, décrivant ses sentiments en apprenant le martyre, note: «C’était une nuit silencieuse, et c’était pleine lune. Une nuit de mort, semblait-il, et tout contribuait à la rendre solennelle! On entendait les voix des dirigeants réunir les hommes et, de loin, cela tombait sur le cœur comme un glas. Les femmes étaient assemblées en groupes, pleurant et priant, certaines souhaitant qu’un châtiment terrible s’abatte sur les meurtriers, d’autres acceptant la main de Dieu dans cet événement11

Comme Louisa Barnes Pratt, beaucoup de saints des derniers jours se souvinrent des événements du 27 juin 1844 et se les rappelèrent comme une période de larmes et de profond chagrin. Le martyre fut l’événement le plus tragique des débuts de l’histoire de l’Eglise. Mais il n’était pas inattendu.

A dix-neuf reprises au moins, en commençant dès 1829, Joseph Smith avait dit aux saints qu’il ne quitterait probablement pas cette vie paisiblement12. Il sentait bien que ses ennemis lui ôteraient un jour la vie, mais il ne savait pas quand. A la fin du printemps 1844 et au début de l’été, les ennemis dans et en dehors de l’Eglise travaillèrent à la perte de Joseph. Thomas Sharp, rédacteur en chef d’un journal voisin et dirigeant du parti politique antimormon du comté de Hancock, exigea publiquement l’assassinat du prophète. Des groupes de citoyens, des apostats et des édiles conspirèrent pour détruire l’Eglise en faisant disparaître son prophète.

Thomas Ford, gouverneur de l’Illinois, écrivit à Joseph Smith, insistant pour que les membres du conseil municipal comparaissent devant un jury non mormon pour répondre de l’accusation de perturber l’ordre public. Il prétendait que seul un procès de ce genre satisferait le peuple. Il promit aux hommes une protection totale, bien que le prophète ne crût pas qu’il pût tenir son engagement. Quand il apparut qu’il n’y avait pas d’autre choix, le prophète, son frère Hyrum, John Taylor et d’autres se laissèrent arrêter, sachant très bien qu’ils n’étaient coupables d’aucun crime.

Au moment de quitter Nauvoo pour le siège du comté, qui était à Carthage, à une trentaine de kilomètres de là, le prophète savait qu’il voyait sa famille et ses amis pour la dernière fois. Il prophétisa: «Je vais comme un agneau à l’abattoir, mais je suis calme comme un matin d’été13

Lorsque le prophète se mit en route, B. Rogers, qui travaillait à la ferme de Joseph depuis plus de trois ans, et deux autres garçons traversèrent les champs à pied et allèrent s’asseoir sur la clôture pour attendre le passage de leur ami et dirigeant. Joseph arrêta son cheval à hauteur des garçons et dit aux hommes de la milice qui étaient avec lui: «Messieurs, voici ma ferme et mes garçons. Ils m’aiment et je les aime.» Après avoir serré la main à chaque garçon, il monta sur son cheval et reprit la route pour son rendez-vous avec la mort14.

Dan Jones, converti gallois, rejoignit le prophète à la prison de Carthage. Le 26 juin 1844, dernière nuit de sa vie, Joseph entendit un coup de feu, sortit du lit et se coucha par terre près de Jones. Le prophète chuchota: «Avez-vous peur de mourir?» «Engagés dans une telle cause, je ne crois pas que la mort serait bien terrible», répondit Jones. «Vous verrez encore le pays de Galles et vous remplirez la mission qui vous est destinée avant de mourir», prophétisa Joseph15. Des milliers de saints des derniers jours fidèles ont aujourd’hui les bénédictions de l’Eglise parce que Dan Jones fit plus tard une mission honorable et couronnée de succès au pays de Galles.

Peu après cinq heures, l’après-midi du 27 juin 1844, quelque deux cents émeutiers au visage peint prirent d’assaut la prison de Carthage, tuèrent Joseph et son frère Hyrum et blessèrent grièvement John Taylor. Seul Willard Richards en sortit indemne. En entendant crier: «Les mormons arrivent», les émeutiers s’enfuirent, de même que la plupart des habitants de Carthage. Willard Richards prit soin de John Taylor blessé, tous deux pleurant leurs chefs tués. Le corps de Hyrum était à l’intérieur de la prison, tandis que Joseph, qui était tombé d’une fenêtre, gisait à côté du puits extérieur.

martyrdom scene at Carthage

Scène du martyre à la prison de Carthage. Hyrum Smith, gisant au milieu de la pièce,fut tué sur le coup; John Taylor, en bas à gauche, fut grièvement blessé; Joseph Smith fut tué tandis qu’il courait vers la fenêtre, et Willard Richards, à côté de la cheminée, s’en sortit indemne.

Un des premiers saints des derniers jours à arriver sur place fut Samuel, frère des martyrs. Lui et d’autres aidèrent Willard Richards à préparer les corps pour le long et triste voyage de retour à Nauvoo.

Entre-temps, à Warsaw (Illinois), la famille de James Cowley, qui était membre de l’Eglise, se préparait pour le repas du soir. Matthias, quatorze ans, apprit qu’il y avait une excitation inhabituelle en ville et se joignit à la foule qui se formait. Le principal orateur vit le jeune Cowley et lui ordonna de rentrer chez sa mère. Des garçons, qui n’étaient pas membres de l’Eglise, le poursuivirent, lui lançant une grêle de détritus jusqu’au moment où il s’échappa en traversant le jardin d’un voisin.

Croyant que les choses s’étaient calmées, Matthias se mit en route pour le fleuve pour y chercher un seau d’eau. Des émeutiers le repérèrent et payèrent un tailleur ivre pour le jeter dans le fleuve. Quand Matthias s’arrêta pour puiser l’eau, le tailleur le saisit par la nuque et dit: «Sale petit mormon, je vais te noyer.» Matthias dit: «Je lui ai demandé pourquoi il voulait me noyer, et si je lui avais jamais fait de mal?’ Non, dit-il: ‹Je ne vais pas te noyer… Tu es un brave gosse, tu peux rentrer chez toi.›» Cette nuit-là, les émeutiers essayèrent vainement à trois reprises de mettre le feu à la maison des Cowley, mais grâce à sa foi et à ses prières, la famille fut protégée16. Matthias Cowley resta fidèle à l’Eglise; son fils Matthias et son petit-fils Matthew furent plus tard membres du Collège des douze apôtres.

Thomas Ford, gouverneur de l’Illinois, écrivit à propos du martyre: «Au lieu de mettre fin aux mormons et de les disperser, comme beaucoup le croyaient, le meurtre des Smith ne fit que les unir plus que jamais, leur donna une plus grande confiance en leur foi17.» Ford écrivit aussi: «Quelqu’un de doué comme Paul, quelque splendide orateur qui pourra, par son éloquence, attirer les foules par milliers… pourra réussir à donner une vie nouvelle à [l’Eglise mormone], faire résonner haut et fort le nom de Joseph martyrisé et émouvoir l’âme des hommes.» Ford vécut dans la crainte que cela n’arrivât et que son propre nom, comme ceux de Pilate et d’Hérode, fût «déconsidéré auprès de la postérité18». Ses craintes se réalisèrent.

John Taylor guérit de ses blessures et écrivit plus tard un éloge des dirigeants assassinés, qui constitue maintenant la section 135 des Doctrine et Alliances. Il dit: «Joseph Smith, le Prophète et Voyant du Seigneur, a fait plus, avec l’exception unique de Jésus, pour le salut des hommes dans ce monde, que n’importe quel autre homme qui y ait jamais vécu… Il fut grand dans sa vie et dans sa mort aux yeux de Dieu et de son peuple. Et comme la plupart des oints du Seigneur dans les temps anciens, il a scellé sa mission et ses œuvres de son propre sang, de même que son frère Hyrum. Ils n’étaient pas divisés dans la vie, et ils ne furent pas séparés dans la mort!… Ils ont vécu pour la gloire, ils sont morts pour la gloire, et la gloire est leur récompense éternelle» (D&A 135:3,6).

Succession à la présidence

Lorsque le prophète Joseph et Hyrum Smith furent assassinés à la prison de Carthage, beaucoup de membres du Collège des Douze et d’autres dirigeants de l’Eglise étaient en mission et étaient absents de Nauvoo. Plusieurs jours passèrent avant que ces hommes ne fussent mis au courant des faits. Lorsque Brigham Young apprit la nouvelle, il savait que les clefs de la direction de la prêtrise étaient toujours dans l’Eglise, car elles avaient été données au Collège des Douze. Mais tous les membres de l’Eglise ne comprenaient pas qui allait remplacer Joseph Smith comme prophète, voyant et révélateur du Seigneur.

Sidney Rigdon, premier conseiller dans la Première Présidence, arriva le 3 août 1844 de Pittsburgh (Pennsylvanie). Au cours de l’année précédente, il avait commencé à agir de manière contraire aux instructions de Joseph Smith et s’était écarté de l’Eglise. Il refusa de rencontrer les trois membres des Douze déjà à Nauvoo et, au lieu de cela, parla à une vaste assemblée de saints réunis pour leur service du culte du dimanche. Il leur parla d’une vision qu’il avait eue, dans laquelle il avait appris que personne ne pouvait remplacer Joseph Smith. Il dit qu’un tuteur de l’Eglise devait être nommé et que ce tuteur devait être Sidney Rigdon. Peu de saints le soutinrent.

Brigham Young, président du Collège des douze apôtres, ne revint à Nauvoo que le 6 août 1844. Il déclara qu’il voulait seulement savoir «ce que Dieu di[sait]» sur le point de savoir qui devait diriger l’Eglise19». Les Douze convoquèrent une réunion pour le jeudi 8 août 1844. Sidney Rigdon parla pendant plus d’une heure à la session du matin. Il rallia peu de monde à son point de vue.

Brigham Young parla alors brièvement, réconfortant les saints. Tandis qu’il parlait, raconte George Q. Cannon, «c’était la voix de Joseph lui-même et il semblait aux yeux du peuple que c’était la personne même de Joseph qui se tenait devant lui20». William C. Staines témoigna que Brigham Young parlait avec la voix du prophète Joseph. «Je pensais que c’était lui, dit-il, et les milliers de personnes qui l’entendirent le pensèrent aussi21». Wilford Woodruff se rappelait aussi cet événement merveilleux et écrivit: «Si je ne l’avais pas vu de mes propres yeux, personne n’aurait pu me convaincre que ce n’était pas Joseph Smith, et quiconque a connu ces deux hommes peut en témoigner22.» Cette manifestation merveilleuse, dont beaucoup furent témoins, montra aux saints que le Seigneur avait choisi Brigham Young pour succéder à Joseph Smith pour diriger l’Eglise.

Lors de la session de l’après-midi, Brigham Young prit de nouveau la parole, témoignant que le prophète Joseph avait ordonné les apôtres pour qu’ils détiennent les clefs du royaume de Dieu dans le monde entier. Il prophétisa que ceux qui ne suivaient pas les Douze ne prospéreraient pas et que seuls les apôtres vaincraient et édifieraient le royaume de Dieu.

Après son discours, le président Young demanda à Sidney Rigdon de prendre la parole, mais celui-ci préféra se taire. Après un discours de William W. Phelps et un de Parley P. Pratt, Brigham Young reprit la parole. Il parla de terminer le temple de Nauvoo, de recevoir la dotation avant de partir dans le désert et de l’importance des Ecritures. Il parla de son amour pour Joseph Smith et de son affection pour la famille du prophète. Les saints votèrent alors à l’unanimité en faveur des douze apôtres comme dirigeants de l’Eglise.

Un petit nombre d’autres prétendirent au droit à la présidence de l’Eglise mais, pour la plupart des saints des derniers jours, la crise de succession était terminée. Brigham Young, doyen des apôtres et président du Collège des Douze, était l’homme que Dieu avait choisi pour diriger son peuple, et le peuple s’était uni pour le soutenir.

Montrer les références

    Sources

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