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Paix et violence parmi les saints des derniers jours au XIXe siècle


L’Église de Jésus-Christ des saints des Derniers Jours est fondée sur les enseignements de Jésus-Christ. Les vertus de la paix, de l’amour et du pardon sont au centre de la doctrine et de la pratique de l’Église. Les saints des derniers jours croient en la déclaration du Sauveur, qui se trouve dans le Nouveau Testament et le Livre de Mormon, et qui dit : « Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu1 ! » Dans les Écritures des saints des derniers jours, le Seigneur a commandé à ses disciples de « renoncer à la guerre et de proclamer la paix2 ». Les saints des derniers jours s’efforcent de suivre les conseils de Benjamin, prophète-roi dans le Livre de Mormon, qui a enseigné que ceux qui sont convertis à l’Évangile de Jésus-Christ « ne seront pas enclins à se nuire les uns aux autres, mais à vivre en paix3 ».

En dépit de ces idéaux, les premiers saints des derniers jours n’ont pas obtenu la paix facilement. Ils ont été persécutés, souvent violemment, à cause de leurs croyances. Et, tragiquement, à certains moments du dix-neuvième siècle, plus particulièrement lors du massacre de Mountain Meadows, certains membres de l’Église ont fait preuve d’une violence déplorable à l’égard de gens qu’ils considéraient comme leurs ennemis. Cet essai explore aussi bien la violence qu’ont subie les saints des derniers jours que celle commise. Bien que le contexte historique puisse expliquer ces actes de violence, il ne les excuse pas.

Les persécutions religieuses dans les années 1830 et 1840

Pendant les deux premières décennies qui ont suivi l’organisation de l’Église, les saints des derniers jours étaient souvent victimes de violence. Peu de temps après l’organisation de l’Église par Joseph Smith à New York en 1830, lui et d’autres membres de l’Église ont commencé à s’installer dans les régions à l’ouest de New York, en Ohio, au Missouri et en Illinois. Les saints ont essayé à maintes reprises de construire leur communauté de Sion où ils pourraient adorer Dieu et vivre en paix, et à plusieurs reprises, ils ont vu leurs espoirs détruits par des expulsions forcées et violentes. En 1833, des émeutiers les ont chassé du comté de Jackson (Missouri, États-Unis) ; en 1839, de l’État du Missouri, après que le gouverneur de l’État ait signé un décret, fin octobre 1838, pour que les mormons soient expulsés de l’État ou « exterminés4 » ; et chassés de leur ville de Nauvoo (Illinois, États-Unis), en 1846. Après leur expulsion de Nauvoo, les saints des derniers jours ont fait le voyage difficile à travers les grandes plaines jusqu’en Utah5.

Malgré leurs difficultés, les saints des derniers jours ont cherché à vivre selon les révélations données à Joseph Smith qui leur conseillaient de vivre leur religion en paix avec leurs voisins. Néanmoins, leurs adversaires de l’Ohio, du Missouri et de l’Illinois n’aimaient pas les croyances religieuses et les pratiques économiques et sociales des saints qui différaient des leurs. Ils se sentaient également menacés par le nombre croissant de mormons et leur capacité à influer sur le résultat des élections locales. Ces opposants s’en sont pris aux saints, tout d’abord verbalement, puis physiquement. Les dirigeants de l’Église, y compris Joseph Smith, ont été couverts de goudron et de plumes, battus et emprisonnés injustement. D’autres membres de l’Église ont été aussi victimes de crimes violents. Lors de l’épisode le plus atroce, au moins dix-sept hommes et garçons âgés de 9 ans à 78 ans ont été massacrés, au cours du massacre de Hawn’s Mill6. Des saintes des derniers jours ont été violées ou agressées sexuellement lors des persécutions au Missouri7. Des miliciens et des émeutiers ont détruit les maisons et volé des biens8. De nombreux ennemis des saints se sont enrichis grâce à des terres et des biens qui ne leur appartenaient pas9.

L’expulsion du Missouri, qui impliqua au moins 8 000 saints des derniers jours10, a eu lieu au cours des mois d’hiver, ce qui n’a fait qu’augmenter la souffrance des milliers de réfugiés qui manquaient de nourriture et de protection et étaient parfois victimes d’épidémies11. En mars 1839, quand Joseph Smith, emprisonné à Liberty (Missouri), reçut le rapport des souffrances des saints des derniers jours exilés, il s’exclama : « Ô Dieu, où es-tu ? » et il pria : « Souviens-toi de tes saints affligés, ô notre Dieu12 ».

Après avoir été chassés du Missouri, les saints furent tout d’abord accueillis par les habitants de l’État voisin de l’Illinois et vécurent en paix pendant un certain temps à Nauvoo. Cependant, les conflits reprirent car des non-membres et des dissidents de l’Église renouvelèrent leurs attaques. Joseph Smith et son frère Hyrum moururent brutalement en martyrs tués par un groupe d’émeutiers dans une prison d’Illinois en dépit de la promesse du gouverneur de l’État que les frères seraient protégés pendant leur détention13. Dix-huit mois plus tard, dès février 1846, en plein hiver, le principal groupe de saints quitta Nauvoo en raison des pressions subites. Ils s’installèrent dans des camps temporaires, qui seraient plus tard appelés camps de réfugiés, dans les plaines de l’Iowa et du Nebraska. On estime qu’un saint sur douze est mort dans ces camps au cours de la première année14. Une partie des pauvres et des personnes âgées était d’abord restée à Nauvoo dans l’espoir de se joindre plus tard au groupe principal des saints. Mais un groupe d’émeutiers les expulsa de Nauvoo en septembre 1846, puis profana le temple15. Un non membre qui avait parcouru les camps des saints peu de temps après, écrivit : « Effrayés et tétanisés par le froid la nuit et les coups de soleil le jour durant des journées interminables, ils étaient presque tous paralysés par la maladie. [...] Ils ne pouvaient pas satisfaire les faibles besoins de leurs malades : ils n’avaient pas de pain pour calmer les cris de leurs enfants affamés16. » L’étendue de cette violence contre un groupe religieux était sans précédent dans l’histoire des États-Unis.

Les dirigeants et les membres tentèrent à plusieurs reprises d’obtenir réparation auprès des dirigeants locaux et ceux de l’État ; lorsque ces pétitions échouèrent, ils firent appel sans succès au gouvernement fédéral pour réparer les torts passés et obtenir une protection future17. Les saints des derniers jours se sont longtemps souvenus des persécutions subies et du refus des autorités gouvernementales de les protéger ou de poursuivre leurs assaillants. Ils se lamentaient souvent du fait qu’ils avaient subi des persécutions religieuses dans un pays qui promettait la liberté religieuse18. À partir de 1838, face aux persécutions continues, certains saints décidèrent de répondre par des mesures défensives, et parfois même par des représailles.

La violence et la justice personnelle dans l’Amérique du XIXe siècle

Dans la société américaine du XIXe siècle, la violence collective était commune et souvent tolérée. Une grande partie de la violence perpétrée par les saints des derniers jours et celle qu’ils subissaient s’inscrivait dans la tradition américaine de l’époque, celle des groupes d'autodéfense extralégaux qui permettait aux citoyens de s’organiser pour administrer eux-mêmes la justice lorsqu’ils pensent que les autorités les oppriment ou font preuve de laxisme. Ces groupes s’en prenaient généralement aux groupes minoritaires ou à ceux qui étaient considérés comme criminels ou en marge de la société. Ces actes étaient parfois alimentés par une rhétorique religieuse19.

L’existence de milices communautaires contribuait aussi à cette culture des groupes d'autodéfense. En 1792, le Congrès des États-Unis vota une loi exigeant que chaque homme âgé de 18 ans à 45 ans fasse partie d’une milice locale20. Au fil du temps, les milices devinrent la Garde nationale mais au début de l’Amérique, elles étaient souvent indisciplinées, commettaient des actes de violence contre des personnes ou des groupes perçus comme des opposants de la collectivité.

Dans les années 1830 et 1840, les communautés de saints des derniers jours de l’Ohio, du Missouri, de l’Illinois et de l’Utah étaient situées dans les régions frontières de l’ouest des États-Unis, où la violence collective était promptement appliquée.

La guerre mormone du Missouri et les Danites

Les actes de violence isolés commis par des saints des derniers jours peuvent généralement être considérés comme un sous-ensemble de ce phénomène plus large de violence à la frontière de l’Amérique au dix-neuvième siècle21. En 1838, Joseph Smith et d’autres membres de l’Église fuirent les émeutiers de l’Ohio et arrivèrent au Missouri, où les saints des derniers jours avaient déjà établi des colonies. Joseph Smith croyait que l’opposition des dissidents de l’Église et d’autres adversaires, qui avaient détruit leur communauté à Kirtland (Ohio), où seulement deux ans auparavant ils avaient construit un temple au prix de grands sacrifices, s’était affaiblie. À l’été 1838, les dirigeants de l’Église constatèrent une augmentation des menaces qui pesaient sur leur objectif de créer une collectivité harmonieuse au Missouri.

Dans la colonie de saints des derniers jours de Far West, certains dirigeants et certains membres organisèrent un groupe paramilitaire appelé les Danites, dont l’objectif était de défendre la communauté contre les saints des derniers jours dissidents et excommuniés ainsi que d’autres Missouriens. Les historiens considèrent généralement que Joseph Smith approuvait les Danites, mais qu’il ne fut probablement pas informé de tous leurs plans et qu’il n’approuva pas l’étendue de leurs activités. Les Danites intimidèrent les dissidents de l’Église et d’autres Missouriens ; par exemple, ils sommèrent des dissidents de quitter le comté de Caldwell. Au cours de l’automne 1838, alors que les tensions s’étaient intensifiées pendant ce qui est maintenant connu comme la guerre mormone du Missouri, les Danites s’étaient apparemment joints à des milices composées de saints des derniers jours. Ces milices affrontèrent leurs adversaires au Missouri, ce qui causa des morts des deux côtés. En outre, les miliciens mormons, notamment de nombreux Danites, pillèrent deux villes considérées comme des centres d’activité anti-mormone, brûlèrent des maisons et en volèrent des biens22. Bien que les Danites n’aient existé que pendant une brève période, cela aboutit à un mythe tenace et largement exagéré sur l’existence d’une société secrète de miliciens mormons.

Suite à leur expérience au Missouri, les saints des derniers jours créèrent une milice importante, approuvée par l’État, appelée la Légion de Nauvoo, pour se protéger une fois installés en Illinois. Cette milice était redoutée par beaucoup de gens qui considéraient les saints des derniers jours comme des ennemis. Mais la Légion évita des actions offensives ou vengeresses ; elle n’intervint même pas lors de la crise qui conduisit aux meurtres de Joseph Smith et de son frère Hyrum par des émeutiers en juin 1844 ou à la suite de ces meurtres. Lorsque le gouverneur de l’Illinois ordonna la dissolution de la Légion, les saints suivirent ses directives23.

Violence sur le territoire de l’Utah

En Utah, les agressions ou les représailles des saints des derniers jours contre ceux qu’ils considéraient comme leurs ennemis eurent lieu le plus souvent au cours de la première décennie de colonisation (de 1847 à 1857). Pour beaucoup, les cicatrices des persécutions anciennes et le voyage vers les montagnes Rocheuses étaient encore récents et personnels. Alors qu’ils s’efforçaient de se faire une place dans le désert de l’Utah, les saints étaient confrontés à des conflits persistants. Beaucoup de facteurs s’opposaient au succès de l’installation des saints des derniers jours en Utah : des tensions avec les indiens américains, qui avaient été déplacés en raison de la colonisation des mormons et des pressions exercées par le gouvernement fédéral des États-Unis, en particulier après l’annonce publique du mariage plural en 1852 ; et une population en pleine expansion. Les dirigeants de la collectivité ressentaient constamment le poids des responsabilités, non seulement du bien-être spirituel de l’Église, mais aussi de la survie physique de leur peuple. Beaucoup de ces dirigeants, notamment Brigham Young, président de l’Église et gouverneur territorial, occupaient simultanément des postes ecclésiastiques et des fonctions publiques.

Les relations des saints des derniers jours avec les indiens américains

Comme d’autres colons dans les régions frontières, les saints des derniers jours vivaient dans des régions où habitaient déjà des indiens américains. L’histoire tragique de l’extermination de nombreuses tribus indiennes et de la dévastation d’autres tribus par des colons européens immigrants et l’armée ou le gouvernement des États-Unis est bien documentée par les historiens. Tout au long du dix-neuvième siècle, les colons, notamment certains saints des derniers jours, maltraitèrent et tuèrent des indiens lors de nombreux conflits, les obligeant à quitter de bonnes terres et à intégrer des réserves.

Contrairement à la plupart des autres Américains, les saints des derniers jours considéraient les indiens comme un peuple élu, Israélites comme eux et descendants des peuples du Livre de Mormon et ainsi héritiers des promesses de Dieu. En tant que président de l’Église, gouverneur territorial et surintendant territorial des affaires indiennes, Brigham Young mena une politique de paix pour faciliter l’installation des colons mormons dans les régions où vivaient les indiens. Les saints des derniers jours apprirent des langues indiennes, établirent des relations commerciales, prêchèrent l’Évangile et cherchèrent généralement à être en bons termes avec les indiens24. Cette politique apparut toutefois de manière inégale et ne fut pas appliquée de façon uniforme25.

L’établissement de relations paisibles entre les saints des derniers jours et les indiens était la norme et l’idéal. Parfois, cependant, les membres de l’Église affrontèrent violemment les Indiens. Ces deux cultures, européenne et amérindienne, avaient une conception diamétralement opposée quant à l’utilisation des terres et des biens et ne se comprenaient pas bien. Les mormons accusaient souvent les Indiens de vol. De leur côté, les indiens croyaient que les mormons devaient partager les biens et le bétail élevé sur les terres tribales indiennes. Dans les régions colonisées par les mormons, les relations précédentes des indiens avec les Européens s’étaient limitées essentiellement à des échanges mutuellement profitables, à eux et aux trappeurs et commerçants qui ne faisaient qu’y passer ou y séjourner brièvement, à la différence des mormons qui en revendiquaient la possession permanente. Ces malentendus conduisirent à des conflits et de la violence26.

Fin 1849, les tensions entre les indiens Utes et les mormons de la vallée d’Utah augmentèrent après qu’un mormon eut tué un Ute nommé Old Bishop, qu’il accusait d’avoir volé sa chemise. Le mormon et deux associés cachèrent alors le corps de la victime dans la rivière Provo. Les détails du meurtre furent probablement cachés, du moins au début, à Brigham Young et aux autres dirigeants de l’Église. Les colons de Fort Utah firent cependant état d’autres difficultés avec les indiens, notamment de tirs d’armes en direction de colons et de vol de bétail et de cultures. Brigham Young recommanda la patience, leur disant d’« entourer leurs forts de palissades, de s’occuper de leurs propres affaires et de laisser les indiens prendre soin d’eux-mêmes27. » Néanmoins, les tensions montèrent à Fort Utah, en partie parce que les mormons locaux refusèrent de livrer aux Utes les personnes impliquées dans le meurtre d’Old Bishop ou de leur verser un dédommagement en compensation de sa mort. Pendant l’hiver 1849-1850, une épidémie de rougeole se transmit des colons mormons aux camps Ute, tuant beaucoup d’indiens et créant des tensions encore plus vives. Le 31 janvier 1850, lors d’un conseil de dirigeants de l’Église à Salt Lake City, le dirigeant de Fort Utah dit que les actions et les intentions des Utes devenaient de plus en plus agressives. Il déclara : « Ils disent avoir l’intention de chasser notre bétail. Ils veulent aller chercher d’autres indiens pour nous tuer28 ». En réponse, le gouverneur Young autorisa une campagne contre les Utes. En février 1850, une série de batailles causa la mort de dizaines d’Utes et d’un mormon29. Dans ces situations et dans d’autres, certains saints des derniers jours firent preuve d’une violence extrême envers les autochtones30.

Néanmoins, la plupart du temps, les relations que les saints avaient avec les indiens étaient plus amicales que celles des colons d’autres régions de l’Ouest américain. Brigham Young avaient des liens d’amitié avec plusieurs dirigeants indiens américains et il enseignait à son peuple à vivre en paix avec ses voisins indiens dans la mesure du possible31. Certains indiens faisaient même la différence entre les « Mormonees », qu’ils considéraient comme amicaux, et d’autres colons américains, qu’ils appelaient « Mericats32 ».

La « réforme » et la guerre d’Utah

Au milieu des années 1850, une « réforme » au sein de l’Église et des tensions entre les saints des derniers jours d’Utah et le gouvernement fédéral des États-Unis contribuèrent à créer une mentalité d’assiégés et à un regain des persécutions qui furent la cause de plusieurs épisodes au cours desquels des exactions furent commises par des membres de l’Église. Préoccupés par l'autosatisfaction spirituelle, Brigham Young et d’autres dirigeants de l’Église firent une série de discours dans lesquels ils appelèrent les saints à se repentir et à renouveler leurs engagements spirituels33. Beaucoup de membres témoignèrent qu’ils étaient devenus meilleurs grâce à cette réforme34.

Les Américains du XIXe siècle étaient habitués à un langage violent, qu’il soit ou non de nature religieuse. Au cours du siècle, les « revivalistes » avaient utilisé des images violentes pour encourager les non-convertis à se repentir et pour exhorter les pécheurs récidivistes à se réformer35. Pendant la période de la réforme, le président Young, son conseiller Jedediah M. Grant et d’autres dirigeants prêchèrerent avec ardeur, et mirent en garde les saints contre les mauvais desseins des personnes qui entraient en dissidence contre l’Église ou s’y opposaient. S’appuyant sur des passages bibliques, surtout de l’Ancien Testament, les dirigeants enseignaient que certains péchés étaient si graves que le sang de l’agresseur devait être versé afin de recevoir le pardon36. Une telle prédication augmenta la tension entre les saints des derniers jours et les quelques non mormons d’Utah, notamment les représentants du gouvernement fédéral.

Début 1857, James Buchanan, président des États-Unis, reçut des rapports de certaines des autorités fédérales affirmant que le gouverneur Young et les saints des derniers jours d’Utah se rebellaient contre l’autorité du gouvernement fédéral. Un mémo en termes vigoureux adressé par l’Assemblée législative de l’Utah au gouvernement fédéral convainquit les autorités fédérales que les rapports étaient vrais. Le président Buchanan décida de destituer Brigham Young de son poste de gouverneur et, au cours de ce qu’on a appelé la guerre d’Utah, d’envoyer une armée escorter son remplaçant. Les saints des derniers jours craignaient que l’armée à l’approche, composée d’environ 1 500 hommes, avec d’autres qui allaient suivre, commette de nouveau les déprédations du Missouri et de l’Illinois et chasse encore les saints de chez eux. En outre, Parley P. Pratt, membre du Collège des douze apôtres, avait été assassiné en Arkansas, en mai 1857. La nouvelle de l’assassinat, ainsi que les rapports de presse de l’est des États-Unis célébrant le crime, arrivèrent en Utah fin juin 185737. Pendant que ces événements se déroulaient, Brigham Young déclara la loi martiale sur le territoire, il fit revenir en Utah les missionnaires et les colons des régions éloignées et il dirigea les préparatifs de résistance à l’armée. Les discours provocateurs du président Young et d’autres dirigeants de l’Église, associés à l’arrivée imminente d’une armée, entretinrent une atmosphère de peur et de suspicion en Utah38.

Le massacre de Mountain Meadows

Début septembre 1857, au sommet de cette tension, une branche de la milice territoriale du sud de l’Utah (composée uniquement de mormons), ainsi que des indiens qu’ils avaient recrutés, attaquèrent un convoi de chariots d’émigrants d’Arkansas se rendant en Californie. Alors que le convoi de chariots s’éloignait de Salt Lake City en direction du sud, les émigrants s’étaient disputés avec les mormons locaux au sujet de l’endroit où ils pouvaient faire paître leur bétail. Certains des membres du convoi étaient contrariés parce qu’ils avaient du mal à acheter des céréales et d’autres fournitures dont ils avaient grand besoin auprès des colons locaux, qui avaient reçu pour instruction de les conserver à titre de politique temps de guerre. Frustrés, certains émigrants avaient menacé de se joindre aux troupes qui arrivaient et de se battre contre les saints39.

Certains saints ne tenaient pas compte de ces menaces, mais d’autres dirigeants locaux de l’Église et des membres de Cedar City (Utah), prônaient la violence. Isaac C. Haight, président de pieu et chef de la milice, envoya John D. Lee, un capitaine de milice, diriger une attaque contre le convoi d’émigrants. Quand le président parla du plan au conseil, d’autres dirigeants s’y opposèrent et demandèrent qu’il annule l’attaque et envoie à la place un cavalier à Brigham Young, à Salt Lake City pour recevoir des instructions. Mais les personnes que Haight avait envoyées attaquer les émigrants mirent leur plan à exécution avant d’avoir reçu l’ordre de ne pas attaquer. Les émigrants contre-attaquèrent et un siège s’ensuivit.

Au cours des jours suivants, la situation s’aggrava. Les miliciens mormons préparèrent et commirent un massacre délibéré. Ils attirèrent les émigrants hors de leur cercle de chariots grâce à un faux drapeau blanc et, aidés par des indiens Paiutes qu’ils avaient recrutés, ils les massacrèrent. Entre la première attaque et le massacre final, cent vingt hommes, femmes et enfants perdirent la vie dans une vallée appelée Mountain Meadows. Seuls de petits enfants, considérés comme trop jeunes pour être en mesure de dire ce qui était arrivé, furent épargnés. Le cavalier express revint deux jours après le massacre. Il apportait une lettre de Brigham Young disant aux dirigeants locaux de ne pas toucher aux émigrants et de leur permettre de traverser le sud de l’Utah40. Les miliciens cherchèrent à camoufler le crime en en accusant les indiens Paiutes, dont certains étaient aussi membres de l’Église.

Deux saints des derniers jours furent par la suite excommuniés de l’Église pour leur participation au massacre et un grand jury qui comprenait des saints des derniers jours inculpa neuf hommes. Seul John D. Lee, qui avait participé au massacre, fut condamné et exécuté pour ce crime, ce qui alimenta de fausses allégations selon lesquelles le massacre avait été ordonné par Brigham Young.

Ces dernières années, l’Église a fait des efforts diligents pour apprendre tout ce qui était possible au sujet de ce massacre. Au début des années 2000, des historiens du département d’histoire de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours ont parcouru des archives partout aux États-Unis à la recherche de documents ; chaque document concernant le massacre en possession de l’Église a aussi fait l’objet d’un examen minutieux. Dans l’ouvrage qui en a résulté, publié par Oxford University Press en 2008, les auteurs Ronald W. Walker, Richard E. Turley Jr. et Glen M. Leonard ont conclu que bien que les discours enflammés de Brigham Young, de George A. Smith et d’autres dirigeants aient contribué à un climat d’hostilité, le président Young n’avait pas ordonné le massacre. Ce furent plutôt les affrontements verbaux entre les membres du convoi de chariots et les colons du sud de l’Utah qui alarmèrent la population, particulièrement dans le cadre de la guerre d’Utah et d’autres événements concomitants. Une série de décisions tragiques prises par les dirigeants locaux de l’Église, qui occupaient également des postes clés au sein de l’administration et de la milice du sud de l’Utah, conduisit au massacre41.

Mis à part le massacre de Mountain Meadows, quelques saints des derniers jours commirent d’autres actes de violence contre un petit nombre de dissidents et d’étrangers. Certains saints des derniers jours perpétrèrent des actes de violence extralégale, particulièrement dans les années 1850, quand la crainte et les tensions étaient répandues dans le territoire de l’Utah. La rhétorique enflammée des dirigeants de l’Église, dirigée vers les dissidents, a pu faire croire à ces mormons que ces actions étaient justifiées42. Les auteurs de ces crimes n’étaient généralement pas punis. Malgré cela, de nombreuses allégations de violence de cette nature ne sont pas fondées et des auteurs anti-mormons ont attribué aux dirigeants de l’Église beaucoup de crimes non résolus ou de décès suspects survenus dans les premières années de l’Utah43.

Conclusion

Au dix-neuvième siècle, beaucoup de gens ont injustement qualifié les saints des derniers jours de peuple violent. Pourtant, au dix-neuvième siècle comme aujourd’hui, beaucoup de saints des derniers jours vivaient en paix avec leurs voisins et leurs familles et cherchaient la paix dans leurs collectivités. Au dix-neuvième siècle, des voyageurs ont souvent remarqué la paix et l’ordre qui régnaient dans les communautés mormones en Utah et ailleurs44. Néanmoins, les actions d'un nombre relativement de saints des derniers jours ont provoqué la mort ou des blessures, causé une dégradation des relations au sein de la collectivité et endommagé l'image de peuple paisible des Mormons45.

L’Église de Jésus-Christ des saints des Derniers Jours condamne les actions et les paroles violentes et confirme son engagement à faire avancer la paix dans le monde entier. Parlant du massacre de Mountain Meadows, Henry B Eyring, alors membre du Collège des douze apôtres, a dit : « L’Évangile de Jésus-Christ que nous faisons nôtre a en horreur le meurtre de sang-froid d’hommes, de femmes et d’enfants. Il prône en effet la paix et le pardon. Ce qui a été fait là il y a longtemps par des membres de notre Église constitue une infraction terrible et inexcusable à la conduite et aux enseignements chrétiens46. »

Tout au long de son histoire, les dirigeants de l’Église ont enseigné que le chemin des disciples du Christ est le chemin de la paix. Russell M. Nelson, du Collège des douze apôtres, a établi un lien entre la foi des saints des derniers jours en Jésus-Christ et leur recherche active de l’amour du prochain et de la paix avec tout le monde. il a dit : « L’espoir du monde est le Prince de la paix. [...] Qu’est-ce que le Seigneur attend de nous, membres de l’Église de Jésus-Christ des saints des Derniers Jours ? En tant qu’Église, il nous est demandé : « Renoncez à la guerre, proclamez la paix. » En tant qu’individus, nous devons rechercher ce qui conduit à la paix. Nous devons personnellement procurer la paix47. »

Documentation

  1. Matthieu 5:9 ; 3 Néphi 12:9.
  2. Doctrine et Alliances 98:16.
  3. Mosiah 4:13.
  4. Lettre de Lilburn W. Boggs à John B. Clark, le 27 octobre 1838, Mormon War Papers, Archives de l’État du Missouri (États-Unis). Un sens contemporain du mot exterminer était « chasser hors des limites ou des frontières ». (Noah Webster, An American Dictionary of the English Language, New York : S. Converse, 1828, s.v. « exterminer. »)
  5. Pour les traitements érudits de ces expulsions, voir Stephen C. LeSueur, The 1838 Mormon War in Missouri (Columbia, Missouri : University of Missouri Press, 1987) ; et Alexander L. Baugh, A Call to Arms : The 1838 Mormon Defense of Northern Missouri Dissertations in Latter-Day Saint History (Provo, Utah : Joseph Fielding Smith Institute for Latter-day Saint History ; BYU Studies, 2000). Pour trouver des récits de première main, voir John Whitmer, History p. 39-67 et « A History of the Persecution, 1830-1840, dans Karen Lynn Davidson, Richard L. Jensen et David J. Whittaker, dir. de publ., Histories, Volume 2 : Assigned Historical Writings, 1831–1847, vol. 2 of the Histories series of the Joseph Smith Papers, édité par Dean S. Jessee, Ronald K. Esplin et Richard Lyman Bushman (Salt Lake City : Church Historian’s Press, 2012), p. 52–76, 202-286.
  6. Joseph Young, déclaration sous serment, Adams Co., Illinois, 4 juin 1839, L. Tom Perry Special Collections, Harold B. Lee Library, Université Brigham Young, Provo, Utah ; Beth Shumway Moore, Bones in the Well : The Hawn’s Mill Massacre, 1838, A Documentary History (Norman, Oklahoma : Arthur H. Clark Company, 2006).
  7. Parley P. Pratt, Testimony, 1er juillet 1843, p. 4, Nauvoo, Illinois, Records, Bibliothèque d’histoire de l’Église, Salt Lake City ; Hyrum Smith, Testimony, 1er juillet 1843, p. 24, Nauvoo, Illinois, Records, Bibliothèque d’histoire de l’Église, Salt Lake City.
  8. Les saints des derniers jours ont écrit plus tard près d’un millier de pétitions et de déclarations sous serment détaillant leurs souffrances. Une pétition envoyée à la législature de l’État du Missouri, écrite par plusieurs dirigeants et membres de l’Église décrit les divers incidents de violence, notamment le massacre de Hawn’s Mill et détaille la destruction de biens comme suit : « De nombreux biens ont été détruits par les troupes dans la ville, pendant qu’elles y séjournaient : elles ont, par exemple, incendié des rondins de construction, des barrières, des séchoirs à maïs, des planches etc., utilisé du maïs et du foin, pillé des maisons, tué du bétail, des moutons et des cochons, et pris des chevaux qui ne leur appartenaient pas, et tout cela sans aucun égard pour les propriétaires et sans demander la permission à qui que ce soit. Pendant ce temps, des hommes ont été maltraités, des femmes insultées et agressées par les troupes. » (Edward Partridge et d’autres personnes, 10 décembre 1838, demande adressée à la législature de l’État du Missouri, dans Clark V. Johnson, dir. de publ., Mormon Redress Petitions : documents relatifs au conflit du Missouri de 1833–1838, Provo, Utah : Centre d’études religieuses de l’université Brigham Young, 1992, p. 18.)
  9. Jeffrey N. Walker, « Mormon Land Rights in Caldwell and Daviess Counties and the Mormon Conflict of 1838: New Findings and New Understandings », BYU Studies volume 47, no. 1, 2008 : p. 5–55.
  10. Karen Lynn Davidson, David J. Whittaker, Mark Ashurst-McGee, et Richard L. Jensen, dir. de publ., Histories Volume 1 : Joseph Smith Histories, 1832–1844, vol. 1 of the Histories series of The Joseph Smith Papers, édité par Dean C. Jessee, Ronald K. Esplin, and Richard Lyman Bushman (Salt Lake City : Church Historian’s Press, 2012), 498n25.
  11. Pour un compte rendu détaillé de l’expulsion du Missouri de 1838 à 1839, voir William G. Hartley, « The saints’ forced exodus from Missouri », dans Richard Neitzel Holzapfel et Kent P. Jackson, dir. de publ., Joseph Smith : The Prophet and Seer (Provo, Utah : Centre d’études religieuses de l’université Brigham Young, 2010), p. 347-389.
  12. Doctrine et Alliances 121:1, 6.
  13. Lettre de Thomas Ford adressée à Joseph Smith et à d’autres personnes, 22 juin 1844, Joseph Smith Collection, Bibliothèque d’histoire de l’Église, Salt Lake City.
  14. Richard E. Bennett, Mormons at the Missouri, 1846–1852 : « And Should We Die. . . » (Norman, Oklahoma : University of Oklahoma Press, 1987), p. 141.
  15. Glen M. Leonard, Nauvoo : A Place of Peace, A People of Promise (Salt Lake City et Provo, Utah : Deseret Book et Brigham Young University Press, 2002), p. 600-621.
  16. Thomas L. Kane, The Mormons : A Discourse Delivered before the Historical Society of Pennsylvania : 26 mars 1850 (Philadelphia : King & Baird, 1850), p. 9-10. Kane a fait cette déclaration lors d’une conférence donnée quatre ans après sa visite des camps. Ses lettres contemporaines à sa famille, envoyées des principaux camps de réfugiés de l’Iowa, en juillet et août 1846, expriment des sentiments du même genre. Il se plaignait à ses parents qu’un peuple « si innocent, soit, pour des questions de conscience au dix-neuvième siècle, battu, volé, déshonoré et assassiné ». (Lettre de Thomas L. Kane à John K. Kane et Jane D. Kane, 20-23 juillet 1846, Thomas L. Kane Papers, American Philosophical Society.)
  17. Marvin S. Hill, Quest for Refuge : The Mormon Flight from American Pluralism (Salt Lake City : Signature Books, 1989), p. 41-44, 101–102 ; Kenneth H. Winn, Exiles in a Land of Liberty : Mormons in America, 1830-1846 (Chapel Hill : University of North Carolina Press, 1989), p. 96-105, 145, 154-156.
  18. Voir, par exemple, « Prospects of the Church », The Evening and the Morning Star, Mars 1833, [4] ; « Extract, from the Private Journal of Joseph Smith Jr. » Times and Seasons, novembre 1839, p. 9, disponible sur le site josephsmithpapers.org ; et Parley P. Pratt, History of the Late Persecution Inflicted by the State of Missouri upon the Mormons (Detroit, Michigan : Dawson & Bates, 1839), p. iv–v, disponible sur le site josephsmithpapers.org
  19. Au sujet de la justice personnelle américaine, voir Paul A. Gilje, Rioting in America (Bloomington: Indiana University Press, 1996) ; David Grimsted, American Mobbing, 1828–1861 : Toward the Civil War (New York : Oxford University Press, 1998). La littérature spécialisée sur la violence inspirée par la religion ou la rhétorique religieuse est vaste. Pour trouver des réflexions sur le sujet en général, voir R. Scott Appleby, The Ambivalence of the Sacred : Religion, Violence, and Reconciliation (Lala, MD : Rowman et Littlefield, 2000). Pour trouver des études sur l’Amérique du XIXe siècle, en particulier sur la violence d’origine religieuse dans le sud des États-Unis, voir Donald G. Mathews, « Lynching Is Part of the Religion of Our People : Faith in the Christian South », dans Beth Barton Schweiger et Donald G. Mathews, dir. de publ., Religion in the American South : Protestants and Others in History and Culture (Chapel Hill, Caroline du Nord : University of North Carolina Press, 2004), p. 153–194 ; Orlando Patterson, Rituals of Blood : Consequences of Slavery in Two American Centuries (Washington DC : Civitas/Counterpoint, 1998) ; Edward J. Blum et W. Scott Poole, dir. de publ., (Macon, Géorgie : Mercer University Press, 2005) ; et Patrick Q. Mason, Vale of Tears : New Essays on Religion and Reconstruction (New York : Oxford University Press, 2011). The Mormon Menace : Violence and Anti-Mormonism in the Postbellum South
  20. Militia Act de 1792, 1 Stat. chap. 33 (1792).
  21. Pour une étude classique de la violence à la frontière américaine, voir Richard Maxwell Brown, Strain of Violence: Historical Studies of American Violence and Vigilantism (New York : Oxford University Press, 1975).
  22. Les Danites considéraient ce vol comme la confiscation de biens de première nécessité dans un contexte de guerre. (Voir Baugh, Call to Arms, p. 36–43 ; Richard Lyman Bushman, Joseph Smith : Rough Stone Rolling, avec la collaboration de Jed Woodworth [New York : Knopf, 2005], p. 349–355 ; Dean C. Jessee, Mark Ashurst-McGee, et Richard L. Jensen, dir. de publ., Journals, Volume 1: 1832–1839, vol. 1 of the Journals series of The Joseph Smith Papers ; édité par Dean C. Jessee, Ronald K. Esplin, et Richard Lyman Bushman [Salt Lake City : Church Historian’s Press, 2008], p. 231, 292–293, disponible sur le site josephsmithpapers.org, et « Danites » The Joseph Smith Papers consulté le 23 janvier 2014.)
  23. Leonard, Nauvoo, p. 374-375.
  24. Voir Ronald W. Walker, « Toward a Reconstruction of Mormon and Indian Relations, 1847 to 1877 », BYU Studies 29, no. 4 (automne 1989) : p. 23–42 ; et Sondra Jones, « Saints or Sinners? The Evolving Perceptions of Mormon-Indian Relations in Utah Historiography », Utah Historical Quarterly p. 72, no. 1 (hiver 2004) : p. 19–46. Brigham Young a été gouverneur territorial de 1850 à 1857 et surintendant territorial des affaires indiennes de 1851 à 1857.
  25. Voir Howard A. Christy, « The Walker War : Defense and Conciliation as Strategy », Utah Historical Quarterly p. 47, no. 4 (automne 1979) : p. 395–420.
  26. Sur le malentendu culturel entre les mormons et les indiens, voir Marlin K. Jensen, « The Rest of the Story: Latter-day Saint Relations with Utah’s Native Americans », Mormon Historical Studies 12, no. 2 (automne 2011) : p. 16–25.
  27. Lettre de Brigham Young à Isaac Higbee, 18 octobre 1849, Brigham Young Office Files, Bibliothèque d’histoire de l’Église, Salt Lake City.
  28. Minutes du bureau de l’historien de l’Église, 31 janvier 1850, Bibliothèque d’histoire de l’Église, Salt Lake City.
  29. D. Robert Carter, Founding Fort Utah : Provo’s Native Inhabitants, Early Explorers, and First Year of Settlement (Provo, Utah : Provo City Corporation, 2003), p. 52, 114–115, 135, 142, 145, 153–157, 163, 227. Des sources contemporaines indiquent que le nombre d’indiens qui moururent se situe entre 24 et 40, bien qu’une source beaucoup plus lointaine mentionne le chiffre de cent décès parmi les Utes. (Voir Epsy Jane Williams, Autobiography, [1], Bibliothèque d’histoire de l’Église, Salt Lake City ; et Jared Farmer, On Zion’s Mount : Mormons, Indians, and the American Landscape [Cambridge, MA, et London : Harvard University Press, 2008], p. 67–77.)
  30. Voir Albert Winkler, « The Circleville Massacre : A Brutal Incident in Utah’s Black Hawk War », Utah Historical Quarterly p. 55, n  1 (hiver 1987) : p. 4–21.
  31. Pour avoir un aperçu des interactions des saints des derniers jours avec les indiens d’Amérique, voir Jensen, « Latter-day Saint Relations with Utah’s Native Americans », p. 16–25 ; voir aussi Ronald W. Walker, « Wakara Meets the Mormons, 1848–1852 : A Case Study in Native American Accommodation », Utah Historical Quarterly 70, n° 3 (été 2002) : p. 215–237.
  32. Jensen, « Latter-day Saint Relations with Utah’s Native Americans » p. 23.
  33. Sur la « réforme », voir Paul H. Peterson, « The Mormon Reformation of 1856–1857 : The Rhetoric and the Reality », Journal of Mormon History 15 (1989) : p. 59–87.
  34. Voir, par exemple, John Brown, journal, 27 novembre et 11 décembre 1856 et 1er janvier 1857, p. 202–206, Bibliothèque d’histoire de l’Église, Salt Lake City ; Benjamin F. Johnson, autobiography, décembre 1856, p. 198, Bibliothèque d’histoire de l’Église, Salt Lake City ; No Place to Call Home : The 1807–1857 Life Writings of Caroline Barnes Crosby, Chronicler of Outlying Mormon Communities, dir. de publ. Edward Leo Lyman et d’autres (Logan, UT: Utah State University Press, 2005), p. 442 ; et Hannah Tapfield King, autobiography, du 16 mars au 9 avril 1857, Bibliothèque d’histoire de l’Église, Salt Lake City.
  35. Pour la violence dans le langage religieux tout au long de l’histoire des États-Unis, voir John D. Carlson et Jonathan H. Ebel, dir. de publ., From Jeremiad to Jihad : Religion, Violence and America (Berkeley : University of California Press, 2012). L’utilisation d’une rhétorique violente était aussi courante en politique. En 1857, par exemple, Stephen A. Douglas, sénateur de l’Illinois, a durement dénoncé les « pratiques traitresses, repoussantes et bestiales » des mormons. C'était, dit-il : « une honte pour le pays, pour l’humanité, pour la civilisation » que de protéger ceux qui pratiquaient la polygamie. Il poursuit : « Il faut mettre le couteau dans ce cancer pestilentiel et dégoûtant qui s'attaque au coeur même du tissu politique, il faut l'exciser par les racines et la marquer au fer rouge d'une loi sévère et implacable. » Les termes les plus incendiaires furent expurgés dans la version officielle. (Voir « Great Rally of the People », Marshall County [Indiana] Democrat, 25 juin 1857, [1] ; Remarks of the Hon. Stephen A. Douglas, on Kansas, Utah, and the Dred Scot Decision [Chicago : Daily Times Book and Job Office, 1857], p. 11–15 ; « Senator Douglas’ Speech in Illinois », New York Herald, 22 juin 1857, p. 2 ; et Robert W. Johannsen, Stephen A. Douglas [Champaign, Illinois : University of Illinois Press, 1997], p. 568–569.)
  36. Voir, par exemple, Brigham Young, dans Journal of Discourses, 4:53–54 ; et Heber C. Kimball, dans Journal of Discourses, 7:160–21. Ce concept, qui finit par porter le nom de expiation par le sang, fut un élément incontournable de la rhétorique anti-mormone du XIXe siècle. Bien qu’il soit facile de réfuter une grande partie des affirmations exagérées publiées dans la presse populaire et la littérature anti-mormone, il est probable que dans au moins un cas, un petit nombre de saints des derniers jours aient agi en fonction de cete rhétorique. Néanmoins, la plupart des saints des derniers jours semblent avoir compris que les sermons relatifs à l’expiation par le sang étaient, selon les paroles de l’historien Paul Peterson, « une hyperbole ou un discours incendiaire vraissemblablement destiné à forcer les membres de l’Église à se conformer aux principes de leur religion. Pour les saints bien intentionnés, ils avaient pour but de les interpeller, et de les pousser à l’introspection puis au repentir. En ce qui concerne ceux qui refusaient de se conformer aux principes mormons, l’espoir était que ces menaces inquiétantes précipiteraient leur départ du territoire. » (Voir la lettre de Isaac C. Haight à Brigham Young, 11 juin 1857, Brigham Young Office Files ; Peterson, « Mormon Reformation of 1856-1857 », p. 67, 84n66 ; Voir aussi Encyclopedia of Mormonism, 5 vols. [1992], « Expiation par le sang », 1:131.)
  37. À propos de l’assassinat de Parley P. Pratt, voir Terryl L. Givens et Matthew J. Grow, Parley P. Pratt : The Apostle Paul of mormonism (New York : Oxford University Press, 2011), p; 366-391 ; concernant les relations entre les nouvelles du meurtre et le massacre, voir Richard E. Turley Jr., « The Murder of Parley P. Pratt and the Mountain Meadows Massacre », dans Gregory K. Armstrong, Matthew J. Grow et Dennis J. Siler, dir. de publ., Parley P. Pratt and the Making of Mormonism (Norman, Oklahoma : Arthur H. Clark Company, 2011), p. 297-313.
  38. À propos de la guerre d’Utah, voir William P. MacKinnon, dir. de publ., At Sword’s Point, Part 1: A Documentary History of the Utah War to 1858 (Norman, Oklahoma : Arthur H. Clark Company, 2008) ; et Matthew J. Grow, « Liberty to the Downtrodden » : Thomas L. Kane, Romantic Reformer (New Haven : Yale University Press, 2009), p. 149–206.
  39. Une partie du bétail appartenant aux émigrants mourut en chemin sur la piste de l’Utah, exarcerbant leur sentiment de frustration. (Richard E. Turley Jr., « The Mountain Meadows Massacre », Ensign, septembre 2007, p. 14–18.)
  40. Lettre de Brigham Young à Isaac C. Haight, 10 septembre 1857, Letterpress Copybook, 3:827–28, Brigham Young Office Files.
  41. Ronald W. Walker, Richard E. Turley Jr., et Glen M. Leonard, Massacre at Mountain Meadows (New York: Oxford University Press, 2008). Beaucoup a été écrit sur le massacre de Mountain Meadows. Une étude classique est celle de Juanita Brooks, The Mountain Meadows Massacre (Stanford, Californie : Stanford University Press, 1950). Voir aussi Richard E. Turley Jr., « The Mountain Meadows Massacre », Ensign, septembre 2007, p. 14–21 ; et BYU Studies vol. 47, no. 3 (2008), une édition spéciale consacrée au sujet est disponible à l’adresse byustudies.byu.edu

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  42. Voir, par exemple, Polly Aird, Mormon Convert, Mormon Defector : A Scottish Immigrant in the American West, 1848–1861 (Norman, Oklahoma : Arthur H. Clark Company, 2009) ; et Walker, Turley et Leonard, Massacre at Mountain Meadows, p. 42-43, 93. Des directives ambiguës des dirigeants de l’Église ont pu aussi contribuer à quelques épisodes de violence. (Voir, par exemple, Ardis E. Parshall, « Pursue, Retake & Punish : The 1857 Santa Clara Ambush », Utah Historical Quarterly vol. 73, n° 1 [hiver 2005] : p. 64–86.)
  43. George Q. Cannon à Brigham Young, 23 mars 1876, Brigham Young Office Files. Par exemple, en décembre 1875 le Salt Lake Daily Tribune a consacré une demi-colonne à la disparition de Sam D. Sirrine, un policier de Salt Lake City. Sans avancer aucune preuve, le Tribune affirma que Mr. Sirrine devait avoir été tué (« expié par le sang ») par les dirigeants mormons en représailles pour la mort d’un médecin nommé J. King Robinson. Mr. Sirrine fut retrouvé vivant en Californie quelques années plus tard. (« Sam D. Sirrine », Salt Lake Daily Tribune, 5 décembre 1875 ; « District Attorney Howard Discovers a Long Lost Danite », Salt Lake Daily Herald, 17 juillet 1877 ; « That Danite », Salt Lake Daily Herald, 18 juillet 1877.)
  44. Par exemple, Franklin Buck, un mineur non-mormon, visita plusieurs villes du sud de l’Utah en 1871. Il écrivit : « Les mormons sont les chrétiens et nous, nous sommes les païens. À Pioche [Névada], nous avons deux tribunaux, des officiers de police, des policiers et une prison pour obliger les gens à bien agir. Il y a une bagarre chaque jour et un homme est tué chaque semaine. [...] Dans ces villes mormones, il n’y pas de tribunal ni de prison. [...] Toutes les difficultés entre eux sont réglées par les anciens et l’évêque. Au lieu que chaque homme essaye de tordre le cou à son prochain, ils se tiennent les coudes. » (Franklin A. Buck, A Yankee Trader in the Gold Rush : The Letters of Franklin A. Buck, Katherine A. White, comp. [Boston : Houghton Mifflin Company, 1930], p. 235 ; voir aussi William Chandless, A Visit to Salt Lake ; Being a Journey across the Plains and a Residence in the Mormon Settlements at Utah [London: Smith, Elder, and Co., 1857], p. 181 ; et Richard F. Burton, The City of the Saints, and Across the Rocky Mountains to California [New York : Harper & Brothers, 1862], p. 214, 224.)
  45. En 1889, pour répondre à certaines de ces allégations, la Première Présidence et le Collège des douze apôtres écrivirent : « Nous dénonçons comme totalement fausse l’allégation qui a été faite, que notre Église croit qu'il faut mettre à mort les personnes qui quittent l’Église ou qui apostasient de sa doctrine. Un châtiment de ce genre nous inspirerait la plu sgrande horreur, c’est pour nous quelque chose d’odieux qui est en opposition directe avec les principes fondamentaux de notre religion. ». (Official Declaration, 12 décembre 1889, dans James R. Clark, comp., Messages of the First Presidency of the Church of Jesus Christ of Latter-day Saints, 1833–1964, 6 vols. [Salt Lake City : Bookcraft, 1966], 3:185.)
  46. Henry B. Eyring, Remarks, 11 septembre 2007, disponible sur le site mormonnewsroom.org.
  47. Russell M. Nelson, « Heureux ceux qui procurent la paix », Le Liahona, novembre 2002, p. 41 ; en citant Doctrine et Alliances 98:16 et .Romains 14:19

L’Église remercie les érudits qui ont apporté leur contribution au contenu historique présenté dans cet article ; leur travail est utilisé avec leur autorisation.